médecine/ sciences
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médecine/sciences 2022 ; 38 : 274-9
médecine/ sciences Des pistes
de réflexion
pour la recherche
sur l’endométriose
en France
Jean Rosenbaum1, Nicolas Bourdel2,
Saadi Khochbin3, Marina Kvaskoff4,
Sachiko Matsuzaki5, Fatima Mechta-Grigoriou6,
Nicola Pluchino7, Olivier Sandra8, Daniel Vaiman9
> L’endométriose est une maladie chronique dans
laquelle des lésions ressemblant à du tissu endomé-
trial se retrouvent hors de l’utérus, principalement
dans la cavité abdomino-pelvienne. Cette maladie
pourrait toucher 10 % des femmes en âge de pro-
créer. Elle est à l’origine d’une importante altéra-
tion de la qualité de vie et d’un coût majeur pour le
système de santé. Peu d’équipes de recherche sont
mobilisées sur ce sujet, et la physiopathologie de la
maladie reste mal comprise. Nous proposons dans
cet article des pistes de réflexion pour la recherche
sur l’endométriose en France, fondées notamment
sur la mobilisation de communautés scientifiques
connexes (notamment celles impliquées dans la
recherche sur le cancer, la biologie du développe-
ment, l’épigénétique, les neurosciences). <
L’endométriose est d’une grande hétérogénéité. Celle-ci peut être
évaluée à plusieurs niveaux [6] :
Cliniquement, elle est stratifiée selon deux classifications : la pre-
mière, celle de l’American Society for Reproductive Medicine (ASRM)
[7], propose un score qui distingue quatre stades, de minime (stade I)
à grave (stade IV) selon la taille des lésions, leur localisation et
l’étendue des adhérences ; une seconde différencie trois catégories :
l’ovarian endometrioma ou endométriome ovarien (OMA), la SPE
superficial endometriosis (SPE) ou endométriose superficielle, carac-
térisée par des lésions de moins de 5 mm de profondeur, et la deep
endometriosis (DE) ou endométriose profonde présentant des lésions
plus profondes.
1Inserm, Institut thématique
« Biologie cellulaire,
développement, évolution »,
Paris, France.
2Service de chirurgie
gynécologique, CHU de
Clermont-Ferrand, Université
Clermont Auvergne, Clermont-
Ferrand, France ; EnCoV, IP , UMR
6602 CNRS, Université Clermont
Auvergne, Clermont-Ferrand,
France.
3CNRS UMR 5309, Inserm,
La prévalence de l’endométriose est difficile à estimer.
Son diagnostic formel requiert une expertise de pointe
et certains cas sont asymptomatiques. On estime
cependant que la maladie atteint 10 % des femmes en
âge de procréer, soit environ 190 millions de femmes
dans le monde [1] et 1,5 million en France. Les implants
d’endométriose, ces tissus qui se développent hors de
l’utérus, répondent aux hormones du cycle menstruel.
Ils saignent comme ils le feraient dans l’utérus, ce qui
peut induire des lésions tissulaires, des adhérences
entre organes et une inflammation importante. Les
symptômes incluent, en particulier, des douleurs et
une fatigue chronique. Les cas asymptomatiques sont
souvent découverts à l’occasion de l’investigation
d’une hypo-fertilité, dont l’endométriose est l’une
des principales causes. La maladie est associée à une
mauvaise qualité de vie [2] et à un risque majoré de
maladies chroniques : cancer, maladies auto-immunes
ou maladies cardiovasculaires [3, 4]. Le coût pour le
système de santé est très élevé ; il est estimé en France
à 10 milliards d’euros par an [5].
Vignette (© Servier Medical Art).
U1209, Université Grenoble Alpes, Institute for Advanced Biosciences, F-38700
Grenoble, France
4UniversitéParis-Saclay, UVSQ, Université Paris-Sud, Inserm, Gustave Roussy,
Équipe Exposome et hérédité, CESP , F-94805, Villejuif, France.
5CHU Clermont-Ferrand, Chirurgie Gynécologique. Université Clermont Auvergne,
Institut Pascal, UMR6602, CNRS/UCA/SIGMA, Clermont-Ferrand, France.
6Laboratoire Stress et cancer, Institut Curie, Inserm, U830, UniversitéPSL,
équipe labélisée par la ligue nationale contre le cancer, 75248, Paris, France.
7Département d’obstétrique et gynécologie, Hôpital universitaire de Genève,
Genève, Suisse.
8Université Paris-Saclay, UVSQ, INRAE, BREED, 78350, Jouy-en-Josas, France ;
École nationale vétérinaire d’Alfort, BREED, 94700, Maisons-Alfort, France.
9Université de Paris, Institut Cochin, Inserm U1016, CNRS UMR8104, 24 rue du
Faubourg St Jacques, 75014, Paris, France.
[email protected]
m/s n° 3, vol. 38, mars 2022
https://doi.org/10.1051/medsci/2022027
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SYNTHÈSE REVUES
La prise en charge, comme les études cliniques et
fondamentales sur l’endométriose, touchent à de
très nombreux champs thématiques (Figure 1) . La
Haute autorité de santé (HAS) a établi des recom-
mandations, mises à jour en 2017 1, pour la prise en
charge clinique des patientes. Mais, en France, aucune
stratégie de recherche sur l’endométriose n’a été
développée. Une telle stratégie, aboutissant à définir
des priorités de recherche, a pourtant été proposée
au Royaume Uni [9] et en Australie 2. Un consortium
international (dont la France est absente) a aussi
publié des recommandations qui sont régulièrement
mises à jour [10].
1 https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2018-01/pris_en_
charge_de_lendometriose_-_argumentaire.pdf
2 https://www.health.gov.au/sites/default/files/national-action-plan-for-endo-
metriosis.pdf
Les symptômes. Ils sont très variables d’une patiente à l’autre, et rela-
tivement indépendants de l’extension des lésions.
La progression des lésions , comme la réponse aux traitements sont
aussi très variables.
Il peut également exister chez une même patiente des hétérogénéités
histologique, cellulaire, génétique, épigénétique, intra- et/ou inter-
lésionnelle.
Les causes et la physiopathologie de l’endométriose sont mal connues.
L’hypothèse la plus classique est celle d’un reflux menstruel qui abou-
tirait à la régurgitation de fragments d’endomètre dans le péritoine.
Un tel reflux est présent chez près de 90 % des femmes mais d’autres
facteurs contribuent à l’apparition des lésions endométriales. La
découverte de mutations d’oncogènes, fréquentes dans les lésions
d’endométriose, a suggéré que ces lésions pouvaient se développer
à la faveur d’avantages sélectifs acquis [8]. D’autres théories font
appel à une métaplasie péritonéale ou à des cellules souches prove-
nant de l’endomètre ou de la moelle osseuse.
Figure 1. Mots-clés dans le champ de l’endométriose. La recherche « endometriosis OR adenomyosis » a été utilisée pour identifier toutes
les publications (articles originaux et revues) au cours de la période 2017-2021 à partir de la base de données Web of Science . Les 6 213
publications ainsi identifiées ont été alors analysées à l’aide du logiciel VosViewer ( https://www.vosviewer.com ) en ne retenant que les
mots-clés apparaissant au moins 50 fois. L’analyse a identifié quatre groupes principaux de mots-clés : « biologie, recherche » en rouge ;
« épidémiologie, qualité de vie » en jaune ; « fertilité » en bleu ; « prise en charge diagnostique et thérapeutique » en vert. La taille
des cercles est un indicateur du nombre de publications concernant le mot-clé ; plus la distance entre deux mots-clés est faible, plus le
nombre de co-occurrences de ces mots-clés est élevé.
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l’incidence de la maladie avec le temps. Les études
portant sur les facteurs de risque de l’endom étriose
ont été confront ées à de nombreux probl èmes m étho-
dologiques, principalement li ées à la maladie et à ses
différents aspects cliniques. Le d élai entre le d ébut
des sympt ômes et le diagnostic de la maladie (7 ans
en moyenne [13]), peut également être source de biais
avec une possible interpr étation inverse des causes
initiales, en particulier pour les facteurs de risque
dont l’identification repose, en fait, sur une informa -
tion r étrospective. La recherche sur l’endom étriose
nécessiterait ainsi une d éfinition des cas identifi és,
une sélection de groupes, cas et groupes t émoins, et la
considération des biais de diagnostic et de causation
inverse. Des recherches seront n écessaires pour les cas
intervenant tôt dans la vie. En effet, quels sont les ph é-
notypes de ces jeunes patientes ? Quels facteurs sont
associés à la progression de la maladie ? La population
adolescente est ainsi une cible privil égiée pour ces
études [14].
Les grands défis à relever sont donc :
– Déterminer la pr évalence et l’incidence r éelles de
l’endométriose ;
– Identifier ses facteurs de risque ;
– Définir les sous-types de la maladie afin de com -
prendre les m écanismes conduisant à la maladie et
permettre un diagnostic et un traitement qui soient
personnalisés ;
– Comprendre l’histoire naturelle de la maladie ;
– Identifier des groupes à risque de comorbidit és et de
maladies chroniques.
Hétérogénéité de l’endométriose
L’endométriose est tr ès h étérogène, que ce soit au
niveau macroscopique ou aux niveaux cellulaire, his -
tologique, g énétique et épigénétique. Cette diversit é
de ph énotypes a des cons équences importantes, en
termes de sympt ômes, de r éponse aux traitements, et
de progression des l ésions. L’étude de l’h étérogénéité
cellulaire est d ésormais possible, grâce à des tech -
niques qui permettent d’analyser individuellement
chaque cellule aux niveaux transcriptomique et épigé-
nétique, et grâce à des m éthodes de transcriptomique
et de prot éomique spatiales (int égrant l’information
de localisation spatiale des cellules à leur identit é
moléculaire sp écifique). Des outils bioinformatiques
et math ématiques permettent également la d éconvo-
lution de signaux multiples de natures distinctes, pour
l’intégration de ces donn ées complexes, afin de d éfinir
des acteurs mol éculaires et des voies de signalisation
définissant chacune des populations.
Des questions pour une approche de l’endométriose
Nous avons identifi é des domaines pour lesquels la France avait des
atouts certains pour d évelopper une recherche sur l’endom étriose,
mais ceux-ci ne sont pas pleinement utilis és pour le moment.
L’accès aux échantillons
En l’absence de mod èles exp érimentaux pertinents, l’utilisation
d’échantillons provenant de patientes reste un point important. Mais
l’accès à ces échantillons reste difficile : il est en effet n écessaire
que les chercheurs puissent y acc éder, par des m éthodes simples et
efficaces, en particulier ceux qui ne sont pas directement impliqu és
dans le domaine.
L’interdisciplinarité
Une approche interdisciplinaire semble indispensable. Celle-ci per -
mettrait en effet un transfert rapide des innovations de la recherche
fondamentale à la recherche translationnelle et aux soins. En France,
aucune équipe de recherche lab élisée ne consacre toute son activit é
à l’endométriose. Il existe n éanmoins des communaut és scientifiques
dynamiques qui pourraient être mobilis ées ( épigénétique, canc éro-
logie, cellules souches, etc.) mais celles-ci ne sont pas actuellement
impliquées.
Les modèles expérimentaux
In vitro, les mod èles récemment développés tels que les mod èles en 3
dimensions, comme les organo ïdes d érivés de tissu pr élevé chez des
patientes, apparaissent prometteurs pour les études de l’endom é-
triose [11]. Ces mod èles manquent n éanmoins de reproductibilit é,
et demandent à être plus sophistiqu és avec l’inclusion de cellules
stromales, d’un flux vasculaire (par microfluidique), et l’utilisation
d’autres composants (avec les organo ïdes sur puce, ou organoids on
a chip ). In vivo , une caract éristique majeure de l’endom étriose est
son association avec la menstruation. Celle-ci n’est pr ésente que chez
l’homme et certains primates non humains (PNH). Mais l’utilisation de
ces mod èles pour la recherche pose de nombreux probl èmes éthiques
et techniques. Identifier des mod èles alternatifs est donc un v éritable
défi. Jusqu’à présent, les efforts de recherche ont
surtout port é sur les rongeurs chez lesquels sont
greffés du tissu ut érin ayant été pr élevé à des
rongeurs ou à des patientes [12] (➜ ).
L’enjeu porte d ésormais sur le d éveloppement de mod èles animaux
permettant de comprendre les m écanismes moléculaires et cellulaires
impliqués dans la diss émination et la r ésorption des l ésions. Ceux-ci
permettraient également de d évelopper de nouvelles approches th é-
rapeutiques.
Épidémiologie de l’endométriose
L’un des d éfis majeurs pour la recherche est de pouvoir pr éciser la
prévalence de l’endom étriose et son incidence. Cela permettrait une
meilleure vision de la population touch ée et de suivre l’ évolution de
(➜ ) Voir le Forum de
H. Hardin-Pouzet et
S. Morosan, m/s n° 5
mai 2019, page 479
Livre_EDK_Mars.indb 276Livre_EDK_Mars.indb 276 10/03/2022 10:40:2710/03/2022 10:40:27
m/s n° 3, vol. 38, mars 2022
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SYNTHÈSE REVUES
Épigénétique et endométriose
Les m écanismes épigénétiques jouent un r ôle d étermi-
nant dans l’expression des g ènes. Des alt érations de
l’épigénome, et donc du transcriptome, ont été iden -
tifiées dans l’endom étriose [20], mais leurs causes
et leurs cons équences possibles n’ont été que rare -
ment étudiées. Comment cette r égulation épigénétique,
qui maintient l’endom ètre dans son identit é, n’a pas
assuré son r ôle, et comment un nouvel état d’expres-
sion g énique, alors pathologique, est apparu, restent
à d éterminer. Beaucoup d’informations peuvent être
obtenues à partir des études de type « omics » d éjà
existantes, et grâce à la biologie systèmique, qui intègre
des donn ées « multi-omics » pour g énérer des hypo -
thèses. La technique fond ée sur l’analyse de cellules
uniques devrait également permettre de comprendre la
complexité de la physiopathologie de la maladie.
Un grand nombre de petites mol écules modulent les
mécanismes épigénétiques. De nouvelles approches
thérapeutiques peuvent être ainsi envisag ées, comme
cela a été suggéré dans l’une des rares études mécanis-
tiques réalisées dans le domaine. Cette étude montre en
effet que l’inactivation de ARID1A, due à une mutation
associée aux formes profond ément invasives de l’endo-
métriose, favorise l’action de l’histone ac étyltransfé-
rase p300 sur le g ène codant la serpine 1, amplifiant
l’expression de la prot éine et l’invasion cellulaire.
L’inhibition de p300 dans des cellules endom étriales
porteuses de la mutation de ARID1A permet de bloquer
cette amplification [21]. La disponibilité de tels inhibi-
teurs ouvre ainsi des perspectives th érapeutiques pour
ces patientes.
Les autres mécanismes pathogéniques
La formation des l ésions situées en dehors de la cavit é
abdomino-pelvienne n écessite une migration de cel -
lules épithéliales et stromales par voie vasculaire et/ou
lymphatique. Cette migration, difficile à expliquer par
la th éorie du reflux menstruel, pourrait s’expliquer par
d’autres théories qui impliquent des cellules souches.
De nombreux travaux ont en effet mis en évidence des
cellules souches ( épithéliales et m ésenchymateuses)
dans l’endom ètre [22]. Il a aussi été propos é que
des cellules souches circulantes contribueraient à la
formation des l ésions [23, 24]. L’endométriose est
considérée comme une maladie inflammatoire g énérale
[25]. L’inflammation caus ée par la maladie contri -
buerait non seulement au d éveloppement local des
lésions, mais aussi à des ph énomènes annexes, comme
l’anxiété, l’hypersensibilité à la douleur, ou des troubles
L’ensemble de la niche cellulaire constituant l’endométriose, qui ne se
limite pas aux cellules épithéliales glandulaires, mais à laquelle parti-
cipe le microenvironnement compos é de cellules immunitaires et stro -
males, nécessitera aussi d’être appréhendé. Il sera en effet important
de définir les sous-populations immunitaires et stromales des l ésions
et de les comparer aux cellules endom étriales eutopiques. Une telle
étude pourrait, comme cela a été le cas pour le cancer [15], permettre
de comprendre la physiopathologie de la maladie.
Génétique de l’endométriose
Les études r éalis ées sur des patientes apparent ées permettent
d’évaluer l’héritabilité de l’endom étriose à environ 50 % [16]. Cette
contribution g énétique à la maladie, importante, est cependant mal
comprise. Une premi ère étape permettant d’élucider ce lien g énétique
est donc d’ établir une liste exhaustive de g ènes dont des variants
expliqueraient le d éveloppement d’une endométriose. Les études réa-
lisées à ce jour reposent essentiellement sur deux approches :
• l’analyse de variants localis és dans ou à proximit é de g ènes can -
didats. Une m éta-analyse a en effet identifi é 11 variants, retrouv és
dans 10 g ènes, qui seraient favorisants [17]. Le risque relatif induit
par chaque variant est cependant inférieur à 1,4 et, ensemble, ils n’ex-
pliquent que moins de 5 % de la variance g énétique de l’endométriose
malgré les 35 022 cas examinés et les 181 760 cas témoins ;
• la recherche de g ènes de pr édisposition familiale via l’analyse
d’exomes. La limite majeure de cette approche, qui vise à identifier
des variants rares et d élétères, est l’identification de mutations hété-
rozygotes dont l’implication étiologique n’est pas d éterminée, ce qui
conduit à la mise en évidence de g ènes candidats suspects, mais dont
le rôle n’est pas démontré.
En regard de ces manques d’information, nous proposons de promou -
voir des approches de type GWAS ( genome-wide association study )
qui incluraient des patientes bien caract érisées cliniquement, et des
sujets t émoins, avec une approche de s équençage d’exomes qui per -
mettrait une classification g énétique des patientes. Nous proposons
également de valider les variants g énétiques qui auront été identi -
fiés par d’autres techniques, comme l’analyse de cellules uniques ou
l’édition g énique. Plusieurs études ont montr é de façon inattendue,
dans des échantillons provenant de femmes
atteintes d’endométriose, une fr équence élevée
de mutations somatiques (activatrices ou inac -
tivatrices) de g ènes classiquement associ és au
cancer (KRAS, PIK3CA3, ARID1A4) [18, 19] (➜ ).
De nouvelles études pourraient donc permettre de mieux comprendre
l’aspect oxymorique de l’endométriose, considérée comme une métas-
tase qui serait b énigne.
3 Phosphatidylinositol-4,5-bisphosphate 3-kinase catalytic subunit alpha.
4 AT-rich interactive domain-containing protein 1A.
(➜ ) Voir la Nouvelle
de D.J. Birnbaum
et al., m/s n° 12,
décembre 2010,
page 1040
Livre_EDK_Mars.indb 277Livre_EDK_Mars.indb 277 10/03/2022 10:40:2710/03/2022 10:40:27
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m/s n° 3, vol. 38, mars 2022
Biomarqueurs pour la détection précoce
de la maladie
Depuis les derni ères recommandations de la Haute
autorit é de sant é (HAS) et du Coll ège national des
gynécologues et obst étriciens français en 2017, la
référence pour le diagnostic de l’endom étriose en
France est l’imagerie m édicale ( échographie pelvienne
endovaginale et imagerie par r ésonance magn étique
[IRM] pelvienne). Ces techniques, qui d épendent
de l’expertise du radiologue, ne permettent pas la
détection de toutes les l ésions. Un test biologique
représenterait un potentiel important d’am élioration
du diagnostic de l’endom étriose, ce qui permettrait
une am élioration de la qualit é de vie des patientes.
Cependant, à ce jour, aucun biomarqueur pertinent n’a
été valid é.
La d écouverte de marqueurs biologiques peut se faire
selon deux approches : une approche cibl ée, à partir
d’hypothèses sur des cibles candidates ; une approche
sans a priori fond ée sur des techniques de « omics ».
De nombreuses études ont d éjà été conduites mais
étaient limit ées, notamment en raison de la faible
taille des échantillons, du choix du groupe t émoin, de
la s élection des patientes, etc. Des études de grande
taille seront n écessaires pour valider les candidats
actuels, et d écouvrir de nouveaux marqueurs qui,
probablement, seront utilis és sous la forme de panels.
À c ôté des marqueurs biologiques, les biomarqueurs
en imagerie peuvent servir à l’évaluation du risque de
développer la maladie, à la détection des l ésions, ou à
la caract érisation et au bilan d’extension des l ésions.
Ils peuvent également permettre d’ évaluer la r éponse
à un traitement. Ce type de biomarqueurs, non inva -
sifs, est utilis é en canc érologie. Mais il doit être
développ é pour l’endom étriose. Le d éveloppement
de ces biomarqueurs se heurte aux mêmes écueils
que pour les marqueurs biologiques, notamment la
taille des échantillons n écessaires, mais aussi la
nécessaire standardisation de l’analyse radiologique.
L’utilisation d’algorithmes en intelligence artificielle
est une des r éponses, mais seuls la constitution et
l’accès facilit é à des donn ées standardis ées peuvent
favoriser l’ émergence de ces nouveaux biomarqueurs
radiologiques.
Le d éfi à relever pour la recherche est donc le d éve-
loppement d’un test non invasif pour le diagnostic
précoce de l’endométriose chez les femmes pr ésentant
des douleurs pelviennes et/ou une infertilit é, notam -
ment chez celles ne pr ésentant aucune l ésion visible
en imagerie classique.
métaboliques. Ces troubles sont une cible th érapeutique potentielle,
mais ils restent complexes [26]. Les traitements anti-inflammatoires
classiques ne sont en effet que tr ès partiellement efficaces, et une
meilleure compr éhension de la physiopathologie de l’inflammation
associée à l’endométriose reste nécessaire.
Les mécanismes de la douleur
La douleur est l’un des sympt ômes majeurs de l’endom étriose. Elle
persiste souvent malgr é le traitement administr é. Elle peut être noci -
ceptive (réponse normale à un stimulus douloureux par activation des
récepteurs nociceptifs), inflammatoire, ou neuropathique (caus ée par
une lésion ou une maladie touchant le syst ème nerveux). Les douleurs
liées à l’endométriose ont été associées à des modifications touchant
les syst èmes nerveux p ériphérique et central, mais leurs m écanismes
sont peu compris. Au niveau p ériphérique [27], les m écanismes de
la douleur semblent impliquer une interaction entre l ésions, syst ème
immunitaire, et fibres nerveuses périphériques. Au niveau central [28],
les douleurs reposent sur des modifications de la structure et de la
fonction du syst ème nerveux central. Ces changements sont souvent
à l’origine d’une sensibilisation centrale, qui rend les patientes plus
sensibles à des stimulus p ériphériques.
Aussi, la recherche sur la douleur li ée à l’endométriose demandera de
relever plusieurs d éfis : caractériser les profils de douleurs ; identifier
les facteurs générant et/ou modulant la douleur ; examiner la r éponse
au traitement en fonction de diff érents types de douleurs ; identifier
des stratégies thérapeutiques pour réduire l’impact des douleurs.
Endométriose et infertilité
Les causes d’infertilité chez les femmes atteintes d’endométriose vont
de distorsions anatomiques, dues aux adh érences des tissus et à la
fibrose que cela engendre, à des anomalies endocriniennes et immuno-
logiques [29]. L’hétérogénéité de la maladie et la possible implication
d’autres facteurs d’infertilité rendent l’analyse des causes d’inferti -
lité dues à l’endométriose souvent complexe et, jusqu’ à pr ésent, peu
concluante.
Plusieurs strat égies peuvent être envisag ées pour la prise en charge
de l’infertilité et de l’hypofertilit é dans le cadre de l’endom étriose,
mais les preuves directes restent souvent incertaines et les d écisions
cliniques difficiles à prendre pour le traitement des patientes.
Plusieurs thématiques de recherche devraient ainsi être d éveloppées :
• identification des facteurs de risque d’infertilit é. La mise en évi-
dence d’une population à risque plus élevé justifierait l’analyse de
stratégies spécifiques visant à préserver la fertilité ;
• identification des m écanismes physiopathologiques ainsi que des
facteurs de risque et de pr évention de la diminution de la fonction
gonadique ;
• identification des m écanismes physiopathologiques d’origine ut é-
rine ;
• identification de nouvelles strat égies afin de maximiser l’efficacit é
de techniques actuellement utilis ées.
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m/s n° 3, vol. 38, mars 2022
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28. Brawn J, Morotti M, Zondervan KT, et al. Central changes associated with
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2018 ; 51 : 25-33.
Conclusion
L’endométriose est une maladie complexe et d’une grande h étéro-
généité, pour laquelle de nombreux d éfis restent à relever. S’il est
important que de multiples directions de recherche continuent à être
explorées, il faut rapidement prendre en compte quelques grands prin -
cipes pour le d éveloppement de ces recherches : faciliter l’acc ès aux
échantillons et assurer leur standardisation, favoriser une approche
interdisciplinaire, am éliorer les mod èles exp érimentaux. La recherche
sur l’endométriose devrait aussi b énéficier de l’apport d’autres com -
munautés scientifiques comme celles du cancer et des neurosciences.
Dans ce cadre, la toute r écente pr ésentation, par le Pr ésident de
la R épublique française, d’une strat égie nationale de lutte contre
l’endométriose5, est porteuse de grands espoirs. ‡
SUMMARY
Avenues of reflection for endometriosis research in France
Endometriosis is a chronic disease in which lesions resembling endome-
trial tissue are found outside the uterus, mainly in the pelvis or abdo -
men. It may affect 10% of women of childbearing age. It is the cause of
a significant alteration in quality of life and a major cost to the health
system. Few research teams are working on this subject, and its patho -
physiology is still poorly understood. This article proposes avenues of
reflection for research on endometriosis in France, notably based on
the mobilization of related scientific communities (involved in cancer,
development, epigenetics, and neurosciences research studies). ‡
LIENS D’INTÉRÊT
Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans
cet article.
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5 https://solidarites-sante.gouv.fr/ministere/documentation-et-publications-officielles/rapports/
sante/article/rapport-de-proposition-d-une-strategie-nationale-contre-l-endometriose-2022
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J. Rosenbaum
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