NOUVELLES MAGAZINE
1097m/s n° 12, vol. 29, décembre 2013
DOI : 10.1051/medsci/20132912012
1Endocrinologie de la reproduction, Centre de recherche,
hôpital Saint-François d’Assise, CHUQ ;
2Département d’obstétrique et gynécologie,
Faculté de médecine, Université Laval, 10, rue de l’Espinay,
local D0-711, Québec (Québec), G1L 3L5, Canada.
[email protected]
> L’endométriose est une pathologie
gynécologique hormono-dépendante et
inflammatoire dont la prévalence est de
5 à 15 % chez les femmes en période de
reproduction. Elle est caractérisée par une
croissance ectopique du tissu endomé-
trial, principalement dans la cavité pel-
vienne, mais la non spécificité des signes
cliniques rend son diagnostic difficile.
L’endométriose représente un facteur de
risque majeur pour la santé des femmes et
engendre des problèmes d’infertilité et de
douleurs chez près de 50 %, ce qui justifie
la recherche de nouvelles stratégies dia-
gnostiques et thérapeutiques [1].
Approches thérapeutiques disponibles
dans l’endométriose
Seules deux possibilités de traitement
peuvent être proposées aux patientes
atteintes d’endométriose.
1. Une approche médicamenteuse sous
la forme d’un traitement médical à base
d’analgésiques allant des anti-inflam-
matoires non stéroïdiens (AINS) aux
opioïdes ; ou d’un blocage de la fonc-
tion ovarienne et de la production d’œs-
trogènes à l’aide de contraceptifs hor-
monaux combinés, de progestatifs (par
exemple : Lutenyl
®, Surgestone®, Luteran®
ou Mirena ® [liste non exhaustive]), du
Danazol, un dérivé d’hormones mâles,
mais rarement utilisé de nos jours en rai-
son de ses effets secondaires, ou de subs-
tituts de la GnRH comme le Décapeptyl
®
et l’Enantone® (liste non exhaustive), qui
induisent cependant une ménopause pré-
maturée. La médication hormonale peut
seulement soulager la douleur, n’améliore
pas le taux de fécondité et peut, dans
certains cas, retarder la conception. De
plus, ces approches thérapeutiques ne
sont pas dénuées d’effets secondaires
handicapants (citons les nausées, maux
de tête, éruptions cutanées, bouffées de
chaleur, saignements irréguliers, prise de
poids, apparition d’acné, etc.).
2. La deuxième approche est une chirur-
gie plus radicale par hystérectomie ou
plus conservatrice par excision laparos-
copique ou par une ouverture chirurgi-
cale complète. Mais son caractère invasif
et le
coût très élevé pour les patientes
représentent les principaux freins. Qui
plus est, quelle que soit l’approche thé-
rapeutique, le taux de récidive reste
encore très élevé (20 % à 50 %). D’où la
nécessité de concevoir d’autres traite-
ments plus efficaces [2].
Le récepteur sILR2 fortement réprimé
dans le cas de l’endométriose
Nous avons rapporté précédemment une
augmentation significative du rapport des
taux d’interleukine 1 (IL1) et de la forme
soluble du récepteur de type 2 (sIL1R2) de
cette cytokine (IL1/sIL1R2) dans le liquide
péritonéal de patientes ayant une endomé-
triose comparées à des femmes sans endo-
métriose [3, 4]. De plus, la baisse du taux
de sIL1R2 était plus prononcée aux stades
initiaux de la maladie [5, 6]. L’IL1 est une
importante cytokine pro-inflammatoire qui
exerce ses effets biologiques par l’intermé-
diaire du récepteur de type 1 (IL1R1) aussi
appelé le récepteur de signalisation. Cette
combinaison IL1-IL1R1 est complétée par
une protéine accessoire appelée IL1RAcP ,
indispensable à la transduction du signal
induit par l’IL1. D’autre part, l’activité
de l’IL1 est aussi régie par un récepteur
antagoniste (IL1RA) qui inhibe l’activation
cellulaire induite par l’IL1 en bloquant son
accès à l’IL1R1. Ce système de contrôle est
consolidé par un autre inhibiteur naturel
spécifique et puissant, IL1R2. Toutefois,
à l’inverse du récepteur IL1R1, l’IL1R2 est
considéré comme un leurre puisqu’il n’a pas
de propriétés de signalisation. Le récepteur
membranaire comme la forme soluble de
l’IL1R2 - qui résulte d’un clivage protéoly-
tique du domaine extracellulaire du récep-
teur - peuvent capturer et donc moduler
l’activité de l’IL1 [7, 8]. Le rôle de ce
récepteur est de contrebalancer l’activité
de l’IL1 en piégeant les deux formes, active
et inactive. De ce fait, la biodisponibilité
et les effets de la cytokine se trouvent
régulés. Compte tenu des nombreuses acti-
vités attribuées au système IL1 (réponse
pro-inflammatoire, remodelage, tissulaire,
angiogenèse, croissance, etc.), une ano-
malie du contrôle local de ces activités,
notamment par le dysfonctionnement du
taux de sIL1R2, pourrait être associée au
développement de l’endométriose.
L’antagoniste shrIL12 bloque
le développement de l’endométriose
in vivo
Dans un récent travail publié dans la revue
American Journal of Pathology, nous avons
montré que la forme soluble humaine
recombinante (shr) de l’IL1R2 - sIL1R2 -
inhibait efficacement la capacité du
tissu endométrial à envahir, croître et se
disséminer dans la cavité péritonéale de
l’hôte, et bloquait les voies pro-angio-
géniques, anti-apoptotiques et pro-
téolytiques [9]. En effet, des injections
Forme soluble du récepteur
de type 2 de l’IL-2
Un candidat potentiel pour traiter
l’endométriose
Khaled Khoufache1, Ali Akoum1,2
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tissu endométrial, son remodelage et sa
survie in vivo. Il est donc intéressant d’en-
visager de tester cette molécule chez des
patientes souffrant d’endométriose. Cet
essai devrait être facilité par les résultats
d’une étude de phase I évaluant l’inno-
cuité et la tolérance de la forme shrIL1R2
chez 28 patients atteints de polyarthrite
rhumatoïde ; cette étude n’a pas révélé
d’événements graves, de toxicités limitant
la dose, de réactions au site d’injection
ou de développement d’anticorps neutra-
lisants contre l’IL1R2. De plus, les para-
mètres pharmacocinétiques indiquaient
une biodisponibilité de 65 % et une demi-
vie sérique de 58 heures [10].
Ces résultats plaident en faveur de l’im-
plication d’un déficit de sIL1R2 chez les
femmes développant une endométriose.
Cette voie pourrait donc constituer une
cible thérapeutique de choix dans cette
maladie. ‡
shrIL1R2, a potential candidate to
treat endometriosis
LIENS D’INTÉRÊT
Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’inté-
rêt concernant les données publiées dans cet
article.
répétées de sIL1R2 (5 μg/kg) par voie
intra-péritonéale à des souris modèles
d’endométriose entraînent une baisse
significative du nombre et du volume
des lésions par rapport à l’injection d’un
placebo (solution saline). L’étude molé-
culaire de ces lésions a révélé une diminu-
tion des récepteurs d’adhésion (intégrines
α v et β) indispensables à l’attachement
des lésions aux tissus de l’hôte. D’autre
part, nous avons noté après administra-
tion de sIL1R2 une inhibition du processus
de protéolyse indispensable au caractère
invasif des lésions via le rétablissement
du rapport entre les métalloprotéases
MMP2 et MMP9 et leurs protéines régula-
trices dites TIMP1 et TIMP2 ( tissue inhi-
bitor of metalloproteinases ). De plus,
sIL1R2 stimulait l’apoptose visiblement
via un rééquilibrage du rapport Bax/Bcl2
en faveur de Bax, un facteur pro-apop-
totique, et au détriment de Bcl2, dont
l’action est anti-apoptotique. Enfin, la
molécule shrIL1R2 inhibait aussi le VEGF
(vascular endothelial growth factor), fac-
teur angiogénique majeur. Cette étude
offre une preuve que la forme shrIL1R2
peut altérer la croissance ectopique de
L’insomnie c’est
11 Français sur 55
11 personne âgée sur 33
qui en souffrent
Une étude
sur les liens entre stress,
traumatismes et insomnies.
Une réflexion
philosophique et sociétale
sur les conditions de travail
et de vie d’aujourd’hui.
Une analyse
d’un mal fréquent mais
encore peu compris.
Ouvrage disponible sur :
www.edition-sciences.com
STRESS, TRAUMATISMES ET INSOMNIESSTRESS, TRAUMATISMES ET INSOMNIES
de Jean-Pierre FRESCO
ISBN : 978-2‐8425‐4175‐0
14 €
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