824 m/s n° 10, vol. 31, octobre 2015
DOI : 10.1051/medsci/20153110003
NOUVELLE
Le facteur inhibant la migration
des macrophages, une cytokine
clé dans l’endométriose
Ali Akoum1,2, Khaled Khoufache1
1Laboratoire d’endocrinologie
de la reproduction, centre de recherche,
hôpital Saint-François d’Assise, CHUQ,
université Laval, 10, rue de l’Espinay, Québec
(Québec), G1L3L5, Canada.
2Departement d’obstétrique et gynécologie,
faculté de médecine, université Laval,
10, rue de l’Espinay, local D0-711, Québec
(Québec), G1L3L5, Canada.
[email protected]
> L’endométriose est une complication
g
ynécologique chronique qui affecte
10 à 15 % des femmes en âge de pro-
créer. Elle est définie par la présence
de lésions extra-utérines ressemblant
à l’endomètre d’un point de vue his-
tologique. Elle provoque des douleurs
pelviennes dans 35 à 50 % des cas et
entraîne une infertilité chez 50 % des
patientes. Aujourd’hui encore son dia-
gnostic demeure long et difficile. Le
traitement de première intention vise à
induire un état hypo-œstrogénique qui
peut être complété par un geste chirur-
gical. Toutefois, ces deux approches
thérapeutiques sont plus d’ordre symp-
tomatique que curatif, et ont un coût
élevé. Il est donc important d’identi-
fier de nouvelles cibles thérapeutiques
pour une meilleure prise en charge des
patientes [1, 2].
Le dysfonctionnement du système
immunitaire, un facteur de risque
majeur d’endométriose
L’endométriose serait la conséquence de
menstruations rétrogrades, un phéno-
mène présent chez 90 % des femmes. Ce
phénomène correspond à une inversion
du flux sanguin vers la cavité pelvienne,
observé lors des menstruations, qui
pourrait conduire à l’implantation et à
la prolifération de l’endomètre à l’exté-
rieur de l’utérus. La survie de cet endo-
mètre ectopique s’expliquerait par un
déséquilibre de l’expression respective
des protéines Bcl-2 (B-cell lymphoma 2)
et Bax (Bcl-2–associated x protein). De
plus, ce déséquilibre serait concomitant
d’une surexpression des molécules d’ad-
hésion (intégrine chaîne- V et - 3),
des métalloprotéases ( matrix metallo-
proteinases, MMP) capables de dégrader
la matrice extracellulaire, et des fac-
teurs angiogéniques impliqués dans la
néovascularisation locale, comme l’IL-8
(interleukine-8) et le VEGF ( vascular
endothelial growth factor).
Si les menstruations rétrogrades
touchent 90 % des femmes, seules 10 %
développent une endométriose. Chez
ces femmes, une altération de la sur-
veillance par le système immunitaire
local est suspectée. En effet, lors de
la survenue d’une endométriose, 95 %
des cellules retrouvées dans le liquide
péritonéal sont des macrophages acti-
vés dont la fonction phagocytaire est
altérée. Ils sont responsables d’une aug-
mentation, dans le liquide péritonéal,
de la concentration en cytokines et
en facteurs de croissance [3]. Le MIF
(macrophage migration inhibitory fac-
tor), facteur d’inhibition de la migration
des macrophages, pourrait être impliqué
dans cette situation anormale.
Le facteur d’inhibition de la migration
des macrophages MIF
Le MIF est une protéine homotrimérique
de 12,5 kDa, constituée de 115 acides
aminés et codée par un seul gène situé
sur le chromosome 22. C’est une cytokine
exprimée de manière constitutive par les
cellules immunitaires, endocriniennes et
épithéliales. Sa sécrétion ne dépend pas
d’une séquence signal. Une fois libéré
dans le milieu extracellulaire, le MIF
agit de façon autocrine (c’est-à-dire
sur la cellule qui le produit), mais aussi
paracrine (sur les cellules voisines).
Il stimule sa propre production, mais
également celle d’autres médiateurs de
l’inflammation comme des cytokines et
des prostaglandines, permettant l’acti-
vation et la prolifération de cellules
immunitaires dont les macrophages et
les lymphocytes. Il intervient dans la
réponse immunitaire à médiation cel-
lulaire en induisant la production d’IL-
12 par les macrophages, favorisant la
réponse des lymphocytes de type Th1.
Récemment, le MIF a été aussi décrit
comme étant une enzyme.
L’analyse cristallographique de la molé-
cule, réalisée sur un complexe formé avec
l’acide p-hydroxyphénylpyruvique, l’un de
ses substrats connus, a révélé l’existence
d’un site actif au niveau d’une cavité
hydrophobe située entre deux sous-uni-
tés adjacentes de l’homotrimère. Grâce
à cette découverte, des inhibiteurs spé-
cifiques ont pu être développés. Ils ont
permis de montrer un rôle du MIF dans
plusieurs pathologies : la polyarthrite
rhumatoïde, le diabète, les maladies
inflammatoires chroniques de l’intestin,
la dermatite, la glomérulonéphrite, le
choc septique et plusieurs cancers [4].
Les taux de MIF sont anormalement
élevés dans l’endométriose
Des études effectuées dans notre
laboratoire ont révélé des concentra-
tions élevées de MIF dans le liquide
péritonéal et le sang périphérique de
femmes atteintes d’endométriose [5].
Cette production de la cytokine dépend
du cy
cle menstruel. Elle n’est en effet
observée qu’en fin de phase proliféra-
tive, en début de phase sécrétoire et en
fin de cycle [6], suggérant qu’elle est
contrôlée par des hormones ovariennes.
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NOUVELLES MAGAZINE
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LIENS D’INTÉRÊT
Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt
concernant les données publiées dans cet article.
REMERCIEMENTS
Les auteurs souhaitent remercier le Pr
Stéphane Bretagne (PU-PH), chef de service
de parasitologie au CHU Saint-Louis (Paris,
France) et le Dr Aida Baïram, directrice de
recherche au CHUQ de Québec (Québec,
Canada) pour la relecture de l’article.
RÉFÉRENCES
1. D’Hooghe TM, Fazleabas A, Giudice LC et al. Defining
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workshop report from the 2011 world congress of
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2. Khoufache K, Akoum A. shrIL1R2, a potential
candidate to treat endometriosis. Med Sci (Paris)
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3. Khoufache K, Michaud N, Harir N et al. Anomalies
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9. Khoufache K, Bazin S, Girard K et al. Macrophage
migration inhibitory factor antagonist blocks the
development of endometriosis, in vivo. PLoS One
2012 ; 5 : e37264.
10. Rakhila H, Girard K, Leboeuf M et al. Macrophage
migration inhibitory factor is involved in ectopic
endometrial tissue growth and peritoneal-
endometrial tissue interaction, in vivo: a plausible
link to endometriosis development. PLoS One 2014 ;
10 : e110434.
L’analyse par PCR des cellules isolées
des lésions de souris traitées par ISO-1
a révélé une forte expression de Bax
(pro-apoptotique) associée à une dimi-
nution de celle de Bcl-2 (anti-apop-
totique). Au contraire, l’expression
des protéines d’adhésion (intégrine
chaîne-V et - 3), de remodelage de
la matrice extracellulaire (MMP1 et 2),
d’inflammation (COX2 : cyclo-oxygé-
nase-2) et d’angiogenèse (VEGF) est
quant à elle réprimée. Ces observations
ont été récemment confirmées chez des
souris déficientes en MIF (MIF KO) [9].
Ces souris développent des lésions qui
sont moins nombreuses et significative-
ment plus petites que celles observées
chez des souris sauvages. Inversement,
l’injection aux souris MIF K O, de MIF,
sous la forme de protéine recombinante,
provoque une augmentation du nombre
et du volume des lésions. De manière
intéressante, l’implantation de l’endo-
mètre utérin isolé de souris MIF KO dans
des souris sauvages réduit significative-
ment le nombre et la taille des lésions
d’endométriose. Dans ce cas, l’analyse
moléculaire des lésions a montré un
rapport Bcl-2/Bax faible et une diminu-
tion de l’expression de COX2 et de VEGF.
Ces données démontrent pour la pre-
mière fois que le MIF agit directement sur
la croissance et la progression de lésions
d’endométriose in vivo. Cette action
du MIF peut être abolie par l’ISO-1,
un antagoniste spécifique qui est bien
toléré par les animaux. L’ISO-1 pourrait
ainsi représenter une alternative au
traitement médical actuel de l’endo-
métriose basé sur l’induction d’un état
hypo-œstrogénique, qui est souvent
associé à un taux de récidive élevé et à
de nombreux effets secondaires. ‡
Macrophage migration inhibitory factor:
a key cytokine for endometriosis
Le MIF est également très présent au sein
de l’endomètre. Des dosages réalisés au
niveau de l’endomètre eutopique ( i.e.
l’endomètre situé en position normale)
montrent des taux plus élevés chez les
femmes atteintes d’endométriose que
chez les femmes témoins, ceux-ci étant
corrélés avec la sévérité de l’endo-
métriose et l’intensité des principaux
symptômes de la maladie (douleurs et
infertilité) [7, 8].
Le MIF, une cible thérapeutique
sérieuse pour l’endométriose
La production locale de MIF par les cel-
lules endométriosiques, ainsi que ses
propriétés pro-inflammatoires et angio-
géniques, suggèrent que cette cytokine
joue un rôle clé dans les étapes précoces
de la maladie, le déclenchement et le
maintien des principaux symptômes. Nous
avons montré récemment que l’exposi-
tion de souris nude (nu/nu) 1, atteintes
d’endométriose, à un antagoniste du MIF,
l’ISO-1 ([S,R]-3-[4-hydroxyphényl]-
4,5-dihydro-5-isoxazole ester méthy-
lique de l’acide acétique), bloquait le
développement de la pathologie [9]. En
effet, l’administration d’une dose de 4
mg/kg d’ISO-1 par voie intrapéritonéale
pendant 14 jours permet de réduire la
prolifération, l’invasion et la dissémina-
tion des lésions tissulaires. Le nombre et
le volume des lésions collectées à partir
des souris traitées sont significativement
inférieurs à ceux mesurés dans des souris
exposées à une solution saline utilisée
comme contrôle. Fait intéressant, le trai-
tement ISO-1 réduit également le nombre
d’organes colonisés par l’endométriose.
1 Les souris nude présentent une mutation du gène Foxn1
(Forkhead box N1), situé sur le chromosome 11 qui provoque
une aplasie du thymus. Elles ont un déficit du système
immunitaire qui se traduit par une absence de lymphocytes T.
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