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OBSERV ATI ON CLINIQUE
La patiente de 39 ans est adressée en consul -
tation d’urologie pour une dilatation urété -
rale gauche découverte lors d’une échographie
abdominale réalisée dans un contexte de gène
lombaire bilatérale, accompagnée d’une infec -
tion urinaire traitée par Ciprofloxacine. Afin
d’exclure une origine néoplasique, une cytologie
urinaire a été réalisée et s’est avérée négative. Le
CA 125 est également normal (13,2 U/ml).
Une urétéroscopie diagnostique et une urété -
rographie confirment une courte sténose serrée
extrinsèque sans lésion endoluminale du bas
uretère gauche, levée au passage de l’urétéros -
cope (fig. 1) . Une sonde JJ est mise en place,
soulageant la symptomatologie lombaire de la
patiente.
La résonance magnétique nucléaire (RMN)
de contrôle réalisée quinze jours plus tard
montre une sonde JJ bien en place, un élargis -
sement de l’uretère gauche à son entrée dans
le petit bassin, ainsi qu’une structure complexe
kystique de 2,7 cm sur 0,8 cm. Celle-ci se trouve
en contact avec la partie antérieure de l’uretère
gauche, rétréci à cet endroit et présentant un
épaississement asymétrique de sa paroi, proba -
blement dû à une obstruction et à une inflamma-
tion secondaire. Aucun argument ne plaide en
faveur d’une endométriose (fig. 2-4).
On note cependant, dans les antécédents de
cette patiente, une hystérectomie radiale totale
réalisée neuf ans plus tôt pour d’importantes
lésions d’endométriose. Vu son jeune âge, la
patiente a bénéficié depuis lors d’un traitement
substitutif de la ménopause à base d’oestro -
gènes seuls. Lors de l’examen gynécologique,
un nodule postérieur probablement endométrio -
sique de +/- 2,5 cm est détecté.
Il est décidé de procéder à une laparoscopie
exploratrice assistée du robot chirurgical. De
nouveau, aucune lésion caractéristique d’endo -
métriose n’est visualisée. Une adhésiolyse sig -
moïdo-vaginale, une urétérolyse avec libération
complète de l’uretère gauche et l’exérèse d’un
nodule fibrotique sans ouverture vaginale ont
été réalisés (fig. 5). L ’analyse anatomopatholo -
gique de la pièce d’exérèse péri-urétérale gauche
confirme la nature endométriosique de celle-ci.
Les suites opératoires sont marquées au 6 ème
jour par une pyrexie dans un contexte de pyé -
lonéphrite à E. Coli, d’évolution favorable sous
LE CAS CLINIQUE DU MOIS
Cas rare d’endométriose urétérale
neuf ans après une hystérectomie
I. BAWIN (1), E. TROISFONTAINES (2), M. NISOLLE (3)
(1) Etudiante, Université de Liège.
(2) Urologue, CHR Citadelle, Liège.
(3) Chef de service, Service de Gynécologie-Obsté-
trique, Université de Liège, CHR Citadelle, Liège.
RESUME : L ’endométriose urétérale est une entité rare ;elle
l’est plus encore lorsqu’elle survient en période post-ménopau-
sique. Pathologie sévère, elle peut engendrer un phénomène
obstructif menant à une urétérohydronéphrose, voire à la perte
progressive et souvent silencieuse de la fonction rénale. La
symptomatologie, lorsqu’elle est présente, est en effet variable
et peu spécifique, rendant le diagnostic pré-opératoire difficile.
Le traitement est chirurgical et a pour but la levée de l’obstacle
afin de préserver la fonction rénale. Nous rapportons le cas
d’une patiente de 39 ans, ayant bénéficié d’une hystérectomie
pour endométriose neuf années auparavant, chez laquelle une
récidive sous forme d’endométriose urétérale a été révélée par
une urétérohydronéphrose. Une urétérolyse par laparoscopie
assistée du robot chirurgical a permis l’exérèse complète de
la lésion et la libération de l’uretère. La patiente n’a présenté
aucune récidive d’urétérohydronéphrose aux contrôles écho -
graphiques réalisés lors des 5ème et 9ème mois post-opératoires.
MOTS-CLÉS : Endométriose - Endométriose urétérale -
Urétérohydronéphrose - Urétérolyse - Chirurgie robotique
RARE CASE OF URETERAL ENDOMETRIOSIS NINE YEARS
AFTER HYSTERECTOMY
SUMMARY : Ureteral endometriosis is a rare entity, espe-
cially when it occurs in the postmenopausal period.
In certain circumstances, this severe disease can cause
obstruction, leading to ureterohydronephrosis and, finally,
to a progressive and often silent loss of renal function.
The symptomatology is variable and non specific, making pre -
operative diagnosis difficult. The treatment is mainly surgical.
Its aim is the relief of obstruction to preserve the renal function.
We report the case of a 39 year old patient , hysterect-
omised for endometriosis nine years earlier, who developed
a recurrence demonstrated by u reteral endometriosis and
revealed by u r e t e r o h y d r o n e p h r o s i s . Robot-assisted lapa -
roscopic ureterolysis allowed a complete resection of the
lesion and resolved the obstruction . No recurrence of ure -
terohydronephrosis was found at the fifth and ninth postop-
erative month ultrasonographic controls.
KEYW ORDS : Endometriosis - Ureteral endometriosis -
Ureterohydronephrosis - Ureterolysis - Robot-assisted surgery
I. BAWIN ET COLL.
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antibiothérapie, mais ayant entraîné une majo -
ration de la durée d’hospitalisation. La patiente
peut regagner son domicile au 10 ème j o u r p o s t -
opératoire. La sonde JJ sera quant à elle ôtée
quatre mois plus tard étant donné la régression
de l’urétérohydronéphrose. Le suivi se carac -
térise par l’absence de récidive de la sympto -
matologie et de l’urétérohydronéphrose lors
des contrôles échographiques réalisés aux 5 ème
et 9 ème mois post-opératoires. Le suivi au long
terme sera constitué d’une échographie rénale
annuelle.
DISCUSSI ON
EPIDÉMIOLOGIE
L ’endométriose est une pathologie gynécolo-
gique qui se définit par la présence de tissu endo-
métrial composé de glandes et/ou de stroma, en
dehors de la cavité utérine (1).
Relativement fréquente chez les femmes
en âge de procréer, sa prévalence est estimée
à 10-20% dans la population générale alors
qu’elle peut atteindre 35-50% dans la population
Figure 1. Urétérographie rétrograde – Lésion sténosante de l’uretère gauche
avec dilatation en amont.
Figure 2. Résonance magnétique (pondération T2) : lésion tissulaire hétéro -
gène au contact de l’uretère gauche (flèche).
Figure 3. Résonance magnétique (pondération T1, FatSat) : lésion tissulaire
hétérogène au contact de l’uretère gauche (flèche), de signal intermédiaire et
dont la composante n’est pas franchement hémorragique.
Figure 4.– Résonance magnétique (pondération T1, FatSat + Gadolinium) :
rehaussement de la lésion tissulaire au contact de l’uretère gauche (flèche)
après injection de Gadolinium.
Figure 5. Urétérolyse par laparoscopie avec assistance robotisée : visualisa-
tion de l’uretère gauche (ug) dilaté en amont d’une portion sténosée (flèche)
par du tissu fibrotique, sans lésion d’endométriose visualisée.
LE CAS CLINIQUE DU MOIS. ENDOMÉTRIOSE URÉTÉRALE
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des femmes souffrant d’infertilité et plus de 50%
en cas de douleurs pelviennes (2).
L ’atteinte pelvienne est la plus fréquente et
concerne principalement les ovaires (54%), le
ligament large (35%), le cul-de-sac de Douglas
(35%) et les ligaments utéro-sacrés (8%) (3).
La localisation extra-génitale est beaucoup plus
rare, particulièrement l’atteinte urétérale dont la
prévalence rapportée est < 1% des femmes souf-
frant d’endométriose (4). Il semblerait cepen -
dant que la prévalence réelle de cette pathologie
puisse être sous-estimée, de par la difficulté de
poser son diagnostic tant par l’anamnèse que par
la clinique, les lésions pouvant passer inaperçues
au cours du bilan préopératoire, voire même de
la chirurgie.
L’ e n d o m é t r i o s e u r é t é r a l e e s t h a b i t u e l l e-
ment unilatérale, plus fréquemment rencontrée
à gauche et limitée au tiers distal de l’uretère.
Deux types principaux de lésions sont observés
avec un ratio de 1:4 bien que pouvant coexister
chez une même patiente (5). L ’endométriose uré-
térale intrinsèque se caractérise par la présence
de tissu endométrial ectopique ayant infiltré
directement la paroi de l’uretère. Dans l’endo -
métriose urétérale extrinsèque, l’infiltration par
le tissu endométrial ectopique se limite à l’ad -
ventice ou aux tissus environnants (4). Ces deux
types peuvent aboutir à une obstruction urété -
rale, voire à une urétérohydronéphrose, avec, à
terme, une perte fonctionnelle rénale qui peut
rester longtemps silencieuse. On retrouve une
altération fonctionnelle rénale chez environ 30%
des patientes au moment du diagnostic (6). ) Il
est donc primordial de diagnostiquer précoce -
ment cette pathologie afin d’éviter une atrophie
rénale passant souvent inaperçue et pouvant
amener à une néphrectomie.
PHYSIOP ATHOLOGIE
Tout comme les autres localisations de l’en -
dométriose profonde, la physiopathologie de
l’endométriose urétérale demeure incertaine. La
théorie la plus satisfaisante et la plus largement
acceptée est celle de la transplantation, proposée
par Sampson en 1927, et consiste en une greffe
de cellules endométriales ectopiques après reflux
de sang menstruel (7).
Les oestrogènes, responsables de la croissance
et de la différenciation de l’endomètre eutopique,
exercent le même rôle au niveau de l’endomètre
ectopique. Les lésions involuent donc généra -
lement en cas de ménopause physiologique ou
chirurgicale. De rares cas d’endométriose uré -
térale post-ménopausique sont retrouvés dans la
littérature (8).
Chez la patiente présentée dans cet article,
un traitement hormonal substitutif constitué
d’oestrogènes seuls a été instauré après l’hys -
térectomie, ce qui peut expliquer une nouvelle
croissance des lésions laissées en place après la
chirurgie. Le traitement aurait donc dû se com -
poser d’une association oestro-progestative afin
de minimiser les risques de récidive.
SYMPTOMATOLOGIE
Cullen (13) a rapporté le premier le cas d’une
patiente atteinte d’endométriose urétérale pré -
sentant une uropathie obstructive en 1917.
Depuis lors, environ 200 cas on été décrits dans
la littérature. La présentation clinique de l’endo-
métriose urétérale est variable, peu spécifique
et, dans la plupart des cas, silencieuse, rendant
le diagnostic préopératoire extrêmement diffi -
cile (9). On retrouve chez environ un tiers des
patientes des symptômes tels que dysménor -
rhée, dyspareunie, douleur pelvienne, infertilité,
dysurie, pollakiurie, infections urinaires récur -
rentes ou douleurs lombaires (10).
Certains symptômes peuvent néanmoins
orienter vers le site d’implantation des lésions.
Ainsi, une atteinte vésicale se caractérise plus
fréquemment par un syndrome mictionnel
cyclique et de la dysurie. L ’urgenturie et la pol-
lakiurie sont alors les plus fréquentes (20%),
tandis que l’hématurie cyclique est plus rare.
L ’atteinte urétérale est asymptomatique chez
près de la moitié des femmes et pourra causer
douleurs abdominales et lombaires chez les
autres. L ’atteinte rénale, si elle est symptoma -
tique, peut également entraîner des douleurs
lombaires. L ’hématurie macroscopique, consi -
dérée comme un signe d’endométriose urétérale
intrinsèque, n’est quant à elle présente que dans
13-18% des cas (11).
DIAGNOSTIC
Etant donné la corrélation entre la présence
de larges lésions d’endométriose au niveau de
la cloison recto-vaginale et l’atteinte urétérale,
l’exploration clinique demeure primordiale. Il
est recommandé de procéder à un toucher vagi -
nal à la recherche de nodule d’endométriose
dans les culs-de-sac vaginaux postérieurs et
antérieurs chez toutes les patientes souffrant de
douleurs pelviennes chroniques, de dysménor -
rhée ou de dyspareunie. En cas de large nodule
recto-vaginal, une exploration radiologique doit
être réalisée vu le risque d’uropathie obstructive
(4).
Seuls, une forte suspicion clinique et des
arguments iconographiques peuvent donc aider
I. BAWIN ET COLL.
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au diagnostic précoce d’endométriose urétérale.
Ainsi, une étude rapporte une suspicion préo -
pératoire d’endométriose urétérale chez seu -
lement 40% des patientes (9). Cependant, les
techniques d’imagerie telles que l’échographie,
l’urographie intraveineuse, l’IRM, l’urétéros -
copie et la laparoscopie ont une valeur limitée
pour déterminer avec précision l’extension de
la maladie et le degré d’infiltration de la paroi
urétérale (12). Enfin, la découverte radiologique
d’une obstruction pose la question du diagnos -
tic différentiel des causes urologiques de sté -
nose intrinsèque ou extrinsèque, telles que la
lithiase, une anomalie anatomique, un syndrome
de jonction, une néoplasie primitive ou métas -
tatique, une lymphadénopathie rétropéritonéale,
une fibrose rétropéritonéale idiopathique, une
séquelle chirurgicale ou un traumatisme.
PRISE EN CHARGE ET TRAITEMENT
Les traitements médicamenteux tels que les
agonistes de la GnRH, les progestatifs, les contra-
ceptifs oraux oestroprogestatifs monophasiques
en continu et le Danazol se sont avérés d’une
efficacité limitée chez les patientes souffrant
d’endométriose profonde infiltrante, entraînant
une amélioration temporaire plutôt qu’une éli -
mination définitive de la maladie. Il s’agit donc
d’une alternative thérapeutique dite suspensive
et non curative. De plus, la fibrose, jugée impor-
tante dans tous les types d’endométriose urété -
rale, répond peu au traitement hormonal et le
taux de récidive n’est pas négligeable (1).
La prise en charge de l’uropathie obstructive
causée par l’endométriose urétérale fait donc
généralement intervenir des techniques chirur -
gicales telles que l’urétérolyse et la résection
segmentaire avec anastomose ou réimplantation
dont le but est l’exérèse complète de l’endomé -
triose et de sa composante fibreuse afin de lever
l’obstruction au long terme et, ainsi de préserver
la fonction rénale. La néphrectomie n’est pro -
posée qu’en cas de fonction rénale insuffisante,
les possibilités de récupération après chirurgie
conservatrice étant très limitées (12).
CONCLUSI ON
L ’endométriose urétérale est une pathologie
rare et sévère, pouvant aboutir à une obstruction
de l’uretère, voire, à une urétérohydronéphrose
avec à terme une perte fonctionnelle rénale qui
peut rester longtemps silencieuse. La sympto -
matologie est variable et peu spécifique, rendant
le diagnostic préopératoire difficile. De plus,
les techniques d’imagerie ont une valeur limitée
pour déterminer avec précision l’extension de
la maladie et le degré d’infiltration de la paroi
urétérale. Le toucher vaginal demeure primor -
dial, à la recherche d’un nodule dans les culs-de-
sac vaginaux. Le traitement médicamenteux est
d’une efficacité limitée chez ces patientes. Le
choix du traitement chirurgical optimal est diffi-
cile. Il doit, dans tous les cas, viser à la levée de
l’obstacle, à préserver la fonction rénale et à évi-
ter au maximum la récidive de la maladie en pro-
cédant à l’exérèse la plus complète des lésions
avec une morbidité minimale. Il est primordial
de prévenir les patientes de l’importance d’un
suivi rigoureux, des risques de complications
post-opératoires non négligeables et de la pos -
sible nécessité d’une réintervention.
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CHR Citadelle, 4000 Liège, Belgique.
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