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SYNTHÈSE REVUES
médecine/sciences 2022 ; 38 : 59-69
médecine/ sciences Contraception (7)
Série animée par Thierry Jouault
La balance
bénéfices-risques
des contraceptions
hormonales
estroprogestatives
Geneviève Plu-Bureau1, Brigitte Raccah-Tebeka2
> La contraception hormonale estroprogestative
(COP) reste la stratégie contraceptive la plus
utilisée, notamment en France. Si la balance
bénéfices-risques est, pour la très grande majo-
rité des femmes, très favorable, son utilisation
doit être extrêmement prudente dans certaines
situations cliniques et, en particulier, chez les
femmes à risque vasculaire. Il est donc indispen-
sable de renseigner l’ensemble des facteurs de
risque vasculaire avant toute prescription de COP ,
quelle que soit sa voie d’administration. D’un
point de vue carcinologique, si l’utilisation de la
COP est associée à une discrète augmentation du
risque de cancer du sein, les bénéfices mécon-
nus, persistant de nombreuses années après son
arrêt, vis-à-vis du risque de cancer de l’ovaire
et de l’endomètre, contrebalancent largement
ce risque mammaire. Enfin, la COP apporte des
avantages non contraceptifs, notamment dans
les situations cliniques telles que les dysménor-
rhées ou l’endométriose invalidante, améliorant
profondément la qualité de vie des femmes.
Il est donc nécessaire d’évaluer très précisé-
ment le contexte clinique de chaque femme afin
d’adapter la meilleure stratégie contraceptive
en minimisant les risques et pour bénéficier des
avantages potentiels. <
connus méritent d’être soulignés. Nous détaillerons dans cet article,
dans une première partie, le principal risque que sont les accidents
vasculaires, qu’il est nécessaire d’évaluer avant la prescription d’une
COP et lors de toute consultation de suivi. Dans une seconde partie,
seront précisés les autres risques ou effets secondaires. Enfin, les
avantages que peut apporter ce type de contraception, notamment
dans des situations cliniques particulières, seront analysés. La déci-
sion de mise en place d’une COP dépend de la balance bénéfices-
risques évaluée de façon individuelle et évolutive au fil du temps, pour
et avec chaque femme.
Le risque vasculaire
Il existe deux types de contraceptions hormonales : estroprogestatives
et progestatives seules. Ces dernières, qui n’ont pas d’impact délétère
sur le risque vasculaire, en dehors de la contraception progestative
injectable, ne seront pas abordées ici.
Le risque thromboembolique veineux
Toutes les COP augmentent le risque de maladie veineuse thromboem-
bolique (MVTE) par rapport aux non utilisatrices [1-7]. Certains para-
mètres, cliniques ou biologiques, modulent ce risque.
L’impact de l’âge
Le risque de MVTE augmente avec l’âge. L’équipe d’Ojvind Lidegaard à
Copenhague, au Danemark, fournit des données intéressantes grâce
1Unité de gynécologie médicale,
Hôpital Cochin-Port-Royal,
123 boulevard Port-Royal,
75014 Paris, France.
2Service de gynécologie
obstétrique, Hôpital Robert
Debré, Paris, Fance.
[email protected]
Les contraceptions hormonales estroprogestatives
(COP) restent la stratégie contraceptive la plus utilisée
en France. Cependant, leur utilisation est en diminution
en raison des effets secondaires, très médiatisés, en
particulier lors de la « crise de la pilule » qui est surve-
nue fin 2012, mais aussi en raison du rejet des hormones
qui s’inscrit dans le courant écologique actuel.
S’il est justifié de se « méfier » des hormones chez cer-
taines femmes, de nombreux bénéfices potentiels peu
Vignette (© Inserm/Universcience/CNDP/Picta production-Véronique Kleiner).
m/s n° 1, vol. 38, janvier 2022
https://doi.org/10.1051/medsci/2021238
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L’impact des COP contenant de l’estradiol
À ce jour, une seule étude évaluant le risque d’une COP
contenant du valérate d’estradiol combiné au dienogest
a été publiée. La comparaison avec la COP contenant du
lévonorgestrel montre un risque équivalent (OR : 0,5
[0,2-1,5]) [12]. L’étude concernant l’autre COP conte -
nant de l’estradiol et de l’acétate de nomégestrol a été
publiée en d écembre 2021. Les r ésultats montrent un
risque équivalent aux COP contenant du l évonorgestrel
(OR : 0,59 [0,25-1,35]) [63].
Impact du type de progestatif combiné
Cette augmentation de risque dépend de l’équilibre hor-
monal de la combinaison, induit par le type de progesta-
tif à doses équivalentes d’EE. La littérature parle ainsi de
générations de COP , selon leur date de mise sur le marché.
Le tableau I synthétise ces différences de risque.
Norgestimate. Dix études épidémiologiques et trois méta-
analyses ont estim é le risque de thrombose veineuse
associé à l’utilisation d’une contraception comportant du
norgestimate combiné à 35 mg d’EE [2, 4, 6] . Les m éta-
analyses comparent ce risque à celui de COP contenant du
lévonorgestrel, et aucune augmentation significative du
risque de thrombose veineuse n’a été observée.
Désogestrel et gestod ène. D ès 2001, une premi ère
méta-analyse avait montr é une diff érence de risque
statistiquement significative entre les utilisatrices de
COP contenant du l évonorgestrel et celles utilisant un
progestatif de troisi ème g énération (d ésogestrel ou
gestodène) (OR : 1,7 (1,4-2,0) [1]. Les m éta-analyses
plus récentes ont confirmé ces résultats [2-7].
Drospirénone et cyprot érone. Cinq m éta-analyses ont
estimé le risque de MVTE de ces COP comparativement
à celles contenant du l évonorgestrel [2-4, 6, 7] . Leurs
résultats sont concordants, montrant une diff érence
significative de risque de ces deux COP par rapport à
celles contenant du l évonorgestrel. Cette différence est
du même ordre de grandeur que celle associ ée aux COP
de troisième génération.
Dienogest. La COP contenant de l’EE et du dienogest
a été r écemment commercialis ée en France. Elle était
déjà disponible dans d’autres pays. La m éta-analyse
réalisée par Monica Dragoman estime un risque de MVTE
de 1,46 (0,57-5,41) comparativement aux COP conte -
nant de l’EE et du l évonorgestrel [6]. Ce risque semble
équivalent à celui des COP contenant du l évonorgestrel,
même si ce r ésultat n écessite d’être confirm é par de
plus nombreuses études épidémiologiques.
L’impact de la voie d’administration
Très peu d’études épidémiologiques analysent les deux
voies non orales d’administration de la COP (patch et
aux différents registres exhaustifs de leur population [8]. L’incidence
des MVTE en fonction de l’âge et de la prise de COP est ainsi disponible,
montrant une évolution exponentielle, particuli èrement chez les uti -
lisatrices âgées de plus de 35 ans : ainsi, l’incidence est de 12,1 pour
10 000 années-femmes pour les utilisatrices de COP alors qu’elle n’est
que de 3,5 pour les non utilisatrices.
L’effet starter
Un effet starter, mis en évidence tr ès rapidement d ès les premi ères
études, est toujours présent dans les publications les plus r écentes. Le
risque veineux thrombo-embolique est en effet nettement plus impor -
tant la premi ère année d’utilisation de COP . Il diminue lors des années
suivantes, tout en restant toujours significativement plus important
par rapport aux femmes non utilisatrices de COP [9].
L’impact de la dose d’éthinyl-estradiol (EE)
Ce sont initialement les fortes doses d’EE qui ont été impliqu ées
dans les premiers accidents vasculaires publi és [10]. Ceci a induit
une baisse significative des doses d’EE combin ées à la mol écule pro -
gestative. Les doses de 50 mg (ou plus) d’EE sont associ ées au plus
haut risque de MVTE, comme le souligne Bernardine Stegeman dans
une récente méta-analyse [4, 5]. Dans les études comparant les COP
contenant le m ême progestatif (l évonorgestrel), les COP contenant
50 mg d’EE combin é au l évonorgestrel sont les plus à risque de MVTE
(OR1 : 5,2 [3,4-7,9] versus 2,4 [1,8-3,2] pour celles contenant 30 mg).
Concernant les comparaisons entre 20 et 30 mg, les donn ées sont
beaucoup moins claires, mais il ne semble pas exister de diff érence
pour la plupart des combinaisons, et en particulier, aucune diff érence
entre les deux doses d’EE lorsqu’il est associé au lévonorgestrel. Il faut
noter que l’ étude fran çaise [11] analysant les donn ées de la Caisse
nationale d’assurance maladie, permettant d’estimer les risques des
COP seulement rembours ées en France, montre des r ésultats discor -
dants avec l’ensemble de la litt érature concernant ces deux dosages
de COP . Cette étude a inclus 4 945 088 femmes âgées de 15 à 49 ans
utilisant une COP rembours ée et ayant eu ou pas une hospitalisation
pour une premi ère embolie pulmonaire (EP). Lors du suivi, 1 800 EP
sont survenues (incidence estim ée : 33/100 000 ann ées-femmes).
Après ajustement pour les facteurs de risque connus et disponibles,
les auteurs d écrivaient un risque plus faible pour les COP contenant
20 mg d’EE comparativement aux COP contenant 30 mg d’EE, combiné
au lévonorgestrel (RR : 0,73 [0,60-0,89]). Ces résultats restent diffici-
lement explicables biologiquement (voir ci-dessous).
1 Le risque est exprimé soit par l’OR soit par le RR. OR : odds ratio, qui est le rapport entre la fr équence de
la maladie et la fr équence de la « non maladie » soit : la cote de la maladie chez les expos és / la cote de
la maladie chez les non expos és. RR : rapport des risques, qui est le rapport du risque d’ être malade chez
les exposés sur le risque d’être malade chez les non expos és.
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utilisé : l’interaction la plus importante est observ ée
chez les femmes porteuses du FVL mut é et utilisant une
COP contenant de la drospir énone ou de l’ac étate de
cyprotérone. Pour estimer le risque de MVTE, il est donc
nécessaire de multiplier cet effet synergique par le
risque de MVTE de la COP et le risque de MVTE dû au FVL,
ce qui conduit à des risques potentiellement tr ès élevés
(supérieurs à 20). Plus r écemment, l’ équipe de Frits
Rosendaal a publi é les donn ées obtenues dans l’ étude
MEGA study [18]. Celles-ci confirment l’existence de
ces interactions. Les niveaux de risque les plus faibles
sont retrouvés pour les COP contenant du l évonorgestrel
chez les femmes porteuses de la mutation du facteur V
(OR : 17,4 [11,4-26,6]) et, respectivement, 22,1 (11,3-
43,3), 26,3 (15,2-45,5) et 31,8 (17,2-59,0) pour les COP
contenant du gestodène, du désogestrel ou de l’acétate
de cyprotérone. Le sur-risque le plus élevé concerne les
femmes porteuses de la mutation G20210A du facteur
II et utilisatrices d’une COP contenant de l’ac étate de
cyprotérone (OR : 44,4 [16,9-116,3]).
L’ensemble de ces résultats a conduit toutes les sociétés
savantes à contre-indiquer les COP chez les femmes
porteuses d’une thrombophilie biologique.
Les antécédents familiaux de MVTE
Les ant écédents familiaux, surtout au premier degr é
(mère, père, frère ou sœur) ou un nombre élevé d’appa-
rentés atteints, quel que soit le degr é, constituent un
facteur de risque majeur de MVTE [19].
L’impact de l’histoire familiale paternelle ou maternelle
chez les utilisatrices de COP a r écemment fait l’objet
d’une nouvelle publication [20]. Les facteurs d éclen-
chants hormonaux maternels (COP , grossesse ou post-
partum) ont été pris en compte dans l’analyse. Ainsi,
1 005 femmes, apparent ées à des patients ayant eu un
premier épisode de MVTE, ont été suivies r étrospecti-
vement. Le type de branche maternelle ou paternelle
anneau). L’estimation du risque, déterminée dans quatre études com-
parant l’utilisation de ces patchs aux COP contenant du norgestimate,
utilisées par voie orale, montre une augmentation significative du
risque de MVTE (OR : 1,5 [1,2-1,8]) [3]. Il en est de m ême pour l’uti-
lisation de l’anneau vaginal. En effet, l’estimation du risque, évaluée
dans trois autres études, montre une augmentation significative du
risque de MVTE associée à l’utilisation de cet anneau comparativement
aux COP contenant du l évonorgestrel et utilis ées par voie orale (OR :
1,7 [1,3-2,2]). Une revue syst ématique, publi ée en 2017, souligne la
discordance des r ésultats des diff érentes études et les faibles effec -
tifs des groupes [13].
L’impact des thrombophilies biologiques
La pr ésence d’une thrombophilie biologique cong énitale augmente le
risque de MVTE. Plusieurs études ont analysé l’interaction entre l’exis-
tence d’une thrombophilie congénitale et l’utilisation d’une COP sur le
risque de MVTE. Elles analysent cette interaction sans tenir compte du
type de COP . En 1994, Jan Vandenbroucke et al. avaient montr é que le
risque thrombotique était environ 30 fois plus élevé parmi les utilisa -
trices de COP porteuses d’une thrombophilie biologique comparative -
ment aux non-utilisatrices de COP sans thrombophilie biologique [14].
En 2005, Olivia Wu et al. ont confirmé que la présence simultanée d’une
COP et d’une thrombophilie biologique était associée à une augmenta-
tion du risque thrombotique [15]. Ainsi, le risque de MVTE chez les uti -
lisatrices de COP et porteuses d’une mutation du facteur V Leiden (FVL)
était de 15,6 (IC 95 % : 8,7-28,1) par rapport aux non-utilisatrices
sans thrombophilie. Une m éta-analyse plus r écente [16] confirme ces
résultats, avec un risque de MVTE de 5,89 (4,21-8,23) en comparaison
avec les utilisatrices de COP non porteuses de cette mutation.
Récemment, notre groupe a analys é par une m éthode de type case-
only (sans groupe contr ôle) l’existence d’une interaction entre la
présence d’une mutation du FVL et le type de COP utilis é dans le
contexte d’un premier évènement de MVTE [17]. L’interaction entre
la pr ésence d’une mutation du FVL et l’utilisation d’une COP est sta -
tistiquement significative, quel que soit le type de COP , confirmant
les r ésultats des m éta-analyses pr écédentes. De plus, le niveau de
cette interaction est statistiquement diff érent selon le type de COP
Type de COP COP Comparaison (référence) Risque relatif
COP contenant de l’EE
EE + gestodène
EE + désogestrel
EE + drospirénone
EE + acétate de cyprotérone
EE + lévonorgestrel
1,5 (1,2-2,0)
1,8 (1,4-2,2)
1,6 (1,2-2,1)
1,6 (1,1-2,2)
COP contenant de l’EE EE + norgestimate EE + lévonorgestrel 1,1 (0,9-1,3)
COP contenant de l’E2 E2V + diénogest
E2 + nomégestrol EE + lévonorgestrel 0,5 (0,2-1,5)
0,6 (0,3-1,4)
Anneau vaginal
Patch
EE + étonogestrel
EE + norelgestronime COP 1,7 (1,3-2,2)
1,5 (1,2-1,8)
Tableau I. Risque thromboembolique veineux associé aux différents types de COP . EE : éthinyl-estradiol ; E2 : estradiol ; E2V : valérate d’estradiol.
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dent vasculaire cérébral ischémique est de 23,3/100 000
chez les femmes de 35 ans et de 5,6/100 000 pour les
femmes de 20 ans, et celle de l’infarctus du myocarde, de
12,2/100 000 chez les femmes de 35 ans et de 0,7/100 000
chez les femmes de 20 ans.
L’impact du type de COP
Il ne semble pas exister de diff érence entre les pilules
contenant un progestatif de deuxi ème ou de troisi ème
génération. Plusieurs m éta-analyses ont été r éalisées
dans ce domaine. Deux m éta-analyses r écentes [25,
26] concluent à une augmentation de 1,6 à 1,8 du risque
d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral
ischémique associée à l’utilisation d’une COP . Dans une
revue extensive des données de la littérature (accessibles
via Medline, Embase, Popline, et Lilacs), Rachel Roach
et al. [26] ne semblent pas établir de lien avec le type
de progestatif utilisé, mais montrent plut ôt que ce sont
les doses élevées d’EE qui seraient responsables de cette
augmentation de risque. En revanche, la m éta-analyse,
publiée en 2013, montrait un impact du progestatif associé
à l’EE [25]. Les COP contenant des progestatifs de deu -
xième ou troisième génération apparaissent associées au
même niveau de risque. Les COP contenant un progestatif
de première génération semblent être associées à un risque
plus élevé que ces deux dernières générations de COP .
Depuis la publication de ces deux revues, plusieurs
études s’int éressant à l’impact de la contraception
hormonale sur l’apparition d’accident vasculaire c éré-
bral isch émique ou d’infarctus du myocarde ont été
publiées. Elles montrent des r ésultats concordants qui
soulignent l’importance des fortes doses d’EE et des
facteurs de risque vasculaires [11, 28].
Les facteurs de risque
L’hypertension artérielle (HTA)
Fréquence d’apparition d’une HTA chez les femmes
normotendues. Plusieurs études épidémiologiques ont
évalué la fr équence d’apparition d’une HTA chez les
utilisatrices de COP quel qu’en soit le type. Les résultats
sont tr ès disparates, avec une augmentation de cette
fréquence comprise entre 0,61 % et 13 % [29]. L’étude
transversale de Hyejin Park, en 2013, émet l’hypothèse
que l’incidence d’HTA est d’autant plus importante que
la prise de COP est longue (augmentation du risque, par
rapport à la population des femmes non utilisatrices, de
7 % pour une dur ée d’utilisation de 12 à 24 mois et de
8,5 % pour une dur ée supérieure à 24 mois) [30].
Impact de la contraception chez les femmes hyperten -
dues. L’utilisation d’une COP chez les patientes hyperten-
dues est responsable d’une augmentation des pressions
n’était pas différent en termes de risque absolu de thrombose chez les
apparentés. Le risque de MVTE chez les femmes ayant un apparent é
maternel ayant eu une MVTE dans un contexte hormonal est de 3,28
(1,5-7,9) comparativement aux femmes ayant un apparent é f émi-
nin avec une MVTE sans facteur d éclenchant hormonal. Ces donn ées
confirment l’intuition clinique qui rendait l’utilisation de la COP chez
les apparentés de ces femmes d’autant plus prudentes.
La plausibilité biologique
L’hypercoagulabilité des COP est expliqu ée par une augmentation de
l’activité procoagulante et une augmentation de l’activit é fibrinoly -
tique. Les COP ont un impact pharmacologique à l’origine de modi -
fications des synth èses h épatiques des prot éines de la coagulation,
entraînant un déséquilibre de l’hémostase.
Les études portant sur les marqueurs biologiques du risque de MVTE,
comme la SHBG ( sex hormone-binding globulin ), ou certains para -
mètres de l’hémostase, tels que la r ésistance à la prot éine C activ ée
acquise (RPCa) 2, sont en accord avec les r ésultats des études épi-
démiologiques pour la plupart des types de COP [21, 22] . En effet,
ces marqueurs sont corr élés à l’anti-androgénicité des progestatifs,
notamment de la drospirénone et, bien sûr, de l’acétate de cyprotérone
(le plus anti-androgénique des progestatifs disponibles en France), et
donc du climat estrog énique dominant de certaines contraceptions.
Seuls les résultats concernant les pilules combinant EE et norgestimate
ne sont pas en accord avec les modifications de la SHBG [23]. En effet,
le taux de SHBG est nettement plus augment é par rapport à ce qui est
observé avec les COP de deuxi ème génération, et cela, quelle que soit
la dose d’EE. Le risque de thrombose veineuse de ces pilules devrait
donc être, en th éorie, supérieur à celui des COP de deuxi ème généra-
tion. Ce paradigme a r écemment été discuté par Giovanni Grandi et al.
qui ont soulign é l’effet du norgestimate sur le syst ème rénine-angio-
tensine et l’importance de prendre en compte l’ensemble des impacts
sur les r écepteurs des diff érents st éroïdes (androg énique, des gluco -
corticoïdes, des minéralocorticoïdes, estrogénique, etc.) [24].
Le risque artériel
Le risque d’accident artériel (accident vasculaire c érébral ischémique
[AVCI] ou infarctus du myocarde [IDM]) est beaucoup plus faible en
termes d’incidence que celui de MVTE. Les COP augmentent en effet
plus modérément le risque art ériel [25, 26].
L’impact de l’âge
Selon les donn ées issues de l’ étude de Øjvin Lidegaard [27], regrou -
pant des femmes utilisatrices et non utilisatrices de COP , l’incidence
de l’accident vasculaire c érébral isch émique est plus importante que
celle de l’infarctus du myocarde, avec des taux croissants en fonction
de l’âge pour ces deux accidents art ériels. Ainsi, l’incidence de l’acci-
2 La prot éine C activ ée d égrade les facteurs Va et VIIIa. Elle est donc un anticoagulant plasmatique
physiologique. Une diminution du taux de la prot éine C, ou une résistance, d’origine génétique ou acquise,
prédispose ainsi à la thrombose veineuse.
Livre_Janvier2022.indb 62Livre_Janvier2022.indb 62 05/01/2022 13:56:0405/01/2022 13:56:04
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À côté des principaux risques que nous avons évoqués,
d’autres risques et effets secondaires potentiels des
COP m éritent d’être d étaillés. Il s’agit principalement
du risque carcinologique mammaire qui, bien que tr ès
modeste, est à l’origine de beaucoup de r éticences. À
l’inverse, certains bénéfices sont moins bien connus des
femmes, avec, en particulier, une diminution du risque
de certains cancers, mais aussi des avantages qualifi és
de plus mineurs, mais jouant un r ôle majeur sur leur
qualité de vie ( Tableau IV).
Le risque carcinologique
La contraception n’augmente ni l’incidence des cancers,
tous cancers confondus, ni la mortalit é qui y serait li ée.
Les donn ées fournies par le Royal College of General
Practitioners (l’association des m édecins g énéralistes
anglais) estiment le risque relatif de cancer (tous can -
cers confondus) à 0,96 (0,90-1,03) [36]. Cependant,
plus pr écisément, et selon les organes analys és, un
impact d élétère ou au contraire b énéfique, peut être
associé à l’utilisation d’une COP .
Impact délétère
Risque carcinologique mammaire : une légère
augmentation
Chez les utilisatrices de COP , les études montrent
un l éger sur-risque de cancer du sein qui s’estompe
progressivement apr ès l’arrêt de la prise de la contra -
ception. Selon les publications, cette augmentation
est estim ée avec un risque relatif significatif entre 1,2
et 1,6. Plusieurs éléments sont cependant importants
à consid érer : un effet-dur ée est parfois retrouv é, un
retour à des chiffres équivalents à ceux des femmes non
utilisatrices de COP , 10 ans apr ès l’arrêt de la contra -
ception, et un risque plus élevé en cas d’utilisation pro-
longée d ébutée avant l’ âge de 20 ans [37]. Certaines
études montrent qu’une utilisation prolong ée, avant la
première grossesse men ée à terme, semble également
accroître ce risque de cancer [38]. Cette augmentation
du risque peut s’expliquer biologiquement. En effet, le
cancer du sein est la principale maladie hormonod é-
pendante et les traitements hormonaux, qu’ils soient à
visée contraceptive, ou substitutive dans le cadre de la
ménopause, ont vraisemblablement un effet promoteur
sur des lésions mammaires préexistantes.
Risque carcinologique cervical : une faible
augmentation
Le cancer du col de l’utérus est un cancer d’origine virale
lié à une infection persistante par un papillomavirus à
artérielles à la fois systolique et diastolique [29]. L’arrêt des COP
permettrait une diminution significative de ces valeurs de pression arté-
rielle, justifiant leur non utilisation en cas d’HTA. Ainsi, dans sa revue
systématique publiée en 2020, Kelvin Okoth a évalué, chez les femmes
hypertendues utilisant une COP , les risques d’infarctus du myocarde
entre 6 et 68 et ceux d’accident vasculaire c érébral ischémique entre
3,1 et 14,5 [31]. Toutes les soci étés savantes contre-indiquent ainsi
l’utilisation des COP chez les femmes hypertendues (y compris chez les
patientes traitées et équilibrées) et recommandent la prise de la pres -
sion artérielle à chaque consultation de prescription de COP .
Les migraines
Il est important de distinguer les diff érents types de migraines. En
effet, les migraines catam éniales pures, qui surviennent uniquement
pendant ou juste avant les r ègles, ne sont pas associ ées à un risque
vasculaire. Ce sont les migraines avec aura, ou les migraines simples
survenant chez des femmes ayant d’autres facteurs de risque vas -
culaire ( âgées de plus de 35 ans, fumeuses, ayant des ant écédents
familiaux, etc.), qui sont à risque d’accident art ériel, en particulier
d’accident vasculaire cérébral ischémique (AVCI).
Le risque d’AVCI qui a été évalué par de nombreux travaux épidémio-
logiques distinguant les migraines simples des migraines avec aura
ont montré que les migraines avec aura étaient associées au risque le
plus élevé d’AVCI. Peu d’études ont évalué le risque joint d’AVCI chez
les patientes migraineuses utilisatrices de COP . L’étude la plus r écente
[28] estime ce risque à 6,1 (3,1-12,1) chez les femmes migraineuses
avec aura et utilisatrices de COP comparativement aux utilisatrices
de COP non migraineuses. Un r écent consensus europ éen a r é-analysé
l’ensemble de la litt érature et calcul é le risque absolu d’AVCI des
femmes âgées de 20 à 44 ans en relation avec l’utilisation d’une COP
chez les femmes migraineuses [34] (Tableau II).
Les autres facteurs de risque
Il est important d’ évaluer l’ensemble des facteurs de risque vascu -
laires avant toute prescription et au cours du suivi d’une COP . Ainsi,
tout comme la pression art érielle, certains facteurs de risque doivent
être surveillés régulièrement, tels que l’indice de masse corporelle, le
tabagisme, les lipides et la glyc émie, mais aussi les antécédents fami-
liaux, qui peuvent appara ître après la première prescription d’une COP .
Certains paramètres contre-indiquent à eux seuls une COP , mais c’est
surtout la combinaison de plusieurs facteurs qui augmentent le risque
artériel [35]. Le Tableau III résume les diff érentes situations cliniques
autorisant ou non une prescription de COP .
Absence de
migraine
Migraine
sans aura
Migraine
avec aura
Sans COP 2,5 / 100 000 4,0 / 100 000 5,9 / 100 000
Avec COP 6,3 / 100 000 10,0 / 100 000 14,5 / 100 000
Tableau II. Risque absolu d’AVCI en fonction de l’utilisation d’une COP et du type
de migraine (adapté de [34]).
Livre_Janvier2022.indb 63Livre_Janvier2022.indb 63 05/01/2022 13:56:0405/01/2022 13:56:04
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récente estime ce risque à 1,5 à 3,3 fois plus élevé chez
les utilisatrices de COP , uniquement apr ès 5 ans d’uti-
lisation, et chez les femmes porteuses d’une infection
persistante par un papillomavirus. L’utilisation d’une
contraception orale durant 10 ans à partir de l’ âge
de 20 ans est associ ée à une augmentation (de 1 cas
sur 1 000) de l’incidence cumul ée de cancer cervical,
à l’âge de 50 ans. Ce risque diminue cependant 10 ans
après l’arrêt de la COP pour rejoindre celui des femmes
haut risque oncogénique. Un rôle direct de la contraception hormonale
dans la promotion de l’intégration de l’ADN du virus dans le génome de
l’hôte infect é a été évoqué. Les études montrent en effet une l égère
augmentation du risque de cancer du col ut érin, in situ et invasif, en
particulier dans le cas d’utilisation de longue dur ée d’une COP [39].
Les revues récentes sont contradictoires. Ainsi, une revue systématique
évaluant les risques de d évelopper différents cancers en relation avec
l’utilisation d’une COP ne révèle pas de diff érences significatives entre
utilisatrices et non-utilisatrices de COP [40]. Mais, une autre revue
Facteur de risque artériel (FdRV) Utilisation d’une contraception estroprogestative
Âge supérieur à 35 ans Oui, en l’absence d’autre FdRV
Surpoids – ob ésité Oui, en l’absence d’autre FdRV
Tabac (plus de 15 cigarettes par jour) Oui, en l’absence d’autre FdRV
Migraine simple Oui, en l’absence d’autre FdRV
Diabète de type II
Oui en l’absence d’autre FdRV, mais en seconde intention (le premier
choix étant une contraception microprogestative ou un DIU au
cuivre).
Dyslipidémie contrôlée Oui, en l’absence d’autre FdRV
Dyslipidémie contrôlée, mais survenant lors de l’utilisation d’une
contraception combinée
Contre-indication relative si une dyslipid émie est survenue avec une
COP
Diabète insulino-dépendant Contre-indication si diabète de plus de 20 ans, ou si complications
vasculaires
Antécédents familiaux au premier degr é : IDM ou AVC avant 55 ans
(chez l’homme) ou 65 ans (chez la femme) Contre-indication
Hypertension artérielle Contre-indication
Dyslipidémie non contrôlée Contre-indication
Migraine avec aura Contre-indication
Facteur de risque veineux Utilisation d’une contraception estroprogestative
Âge supérieur à 35 ans Possible si pas d’autres FdRV
Surpoids – ob ésité Possible si pas d’autres FdRV
Thrombophilie biologique connue Contre-indication
Antécédents familiaux au premier degr é de MVTE avant 50 ans Contre-indication
Tableau III. Situations clinques autorisant ou non une prescription de COP .
Livre_Janvier2022.indb 64Livre_Janvier2022.indb 64 05/01/2022 13:56:0405/01/2022 13:56:04
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SYNTHÈSE REVUES
protection semble perdurer, m ême plus de 35 ans après
l’arrêt de la contraception (RR : 0,67 [0,49-0,91]) [36].
Une m éta-analyse incluant 12 études de cohortes et
17 études cas-t émoins ant érieures avait d éjà montr é
de telles r éductions du risque de cancer en relation
avec l’utilisation d’une contraception orale (RR : 0,82
[0,76-0,88]) [48].
Risque carcinologique pulmonaire : une discrète
diminution du risque de cancer, uniquement chez
les non fumeuses
Une discr ète diminution du risque de cancer bron -
chique est retrouv ée chez les femmes ayant utilis é une
contraception. Une m éta-analyse r éalisée en 2013,
fondée sur l’analyse de six études épidémiologiques,
a montr é un risque associ é à l’utilisation d’une COP de
cancer pulmonaire de 0,81 (0,68-0,97) [49]. Mais cet
effet b énéfique n’a pas été observ é chez les femmes
fumeuses. Il semble en effet exister une augmentation
du risque de cancer chez les fumeuses : dans la grande
cohorte des m édecins g énéralistes anglais (voir plus
haut), l’utilisation d’une COP est ainsi associ ée à
un risque de 1,34 chez les fumeuses [36]. Certaines
études sugg èrent qu’il existe une interaction entre
les carcinog ènes du tabac et les hormones sexuelles
endogènes et exog ènes expliquant le sur-risque des
fumeuses de d évelopper un cancer du poumon, com -
parativement aux hommes fumeurs [50].
COP et effets secondaires mineurs
Divers effets secondaires, qualifiés de mineurs, peuvent
apparaître. Ils sont extr êmement variables selon les
femmes, mais ils peuvent, chez certaines, être à l’ori-
gine d’arrêts intempestifs de leur contraception. Citons,
parmi les plus redout és : la prise de poids, les troubles
de l’humeur ou de la libido, les nausées, etc. Les études
rapportent des r ésultats assez contradictoires. Pour -
tant, certaines femmes les d écrivent et ils m éritent
donc d’être considérés.
Anticiper leur possible survenue lors de la prescription
et à chaque consultation de suivi permet d’en r éduire
l’impact. Un r éajustement de la contraception peut
ainsi être n écessaire r égulièrement afin de permettre
à la femme de retrouver un confort indispensable à la
poursuite de la m éthode.
Bénéfices secondaires et qualité de vie
Le principal r ôle de la COP est bien sûr d’assurer la
contraception et de pouvoir ainsi d écider du moment
opportun pour l’arr êter en cas de projet de gros -
n’ayant jamais utilisé de COP [41]. Une tr ès récente étude de cohorte
danoise confirme l’augmentation du risque de cancers du col ut érin
(squameux et ad énocarcinomes) des femmes ayant utilis é une COP
(RR : 1,40 [1,28-1,53]) avec un effet-dur ée et une diminution pro -
gressive du risque apr ès l’arrêt [42].
Impact bénéfique
Risque carcinologique ovarien : une nette diminution
Une diminution du risque de cancer de l’ovaire, de l’ordre de 30 à
50 %, est observ ée chez les femmes utilisatrices de COP . Un effet-
durée est not é, de m ême qu’une persistance de la protection jusqu’ à
30 ans après l’interruption de la contraception. Une large m éta-ana-
lyse réalisée par le Collaborative group on epidemiological studies of
ovarian cancer , regroupant 45 études, montre en effet qu’il existe
une diminution de l’ordre de 29 % du risque de cancer pour chaque
tranche de cinq ann ées de prise d’une COP [43]. Ces donn ées ont été
confirmées par une étude d’une grande cohorte danoise, qui estime
que l’utilisation d’une COP diminue le risque de cancer ovarien (RR :
0,53 [0,45-0,64] ). Un effet-dur ée est observ é, avec une diminution
de risque d’autant plus importante que la dur ée d’utilisation se
prolonge, avec une persistance jusqu’ à 10 ans apr ès l’arr êt de la
contraception [44]. La r éduction du risque de cancer ovarien est
également notable, proche de 50 %, en cas de mutations des g ènes
BRCA (breast cancer) 1 ou 2, des mutations qui sont associ ées à
l’apparition de cancers du sein et de l’ovair e. En pratique clinique,
il n’existe pas de d épistage possible du cancer ovarien. Il est donc
diagnostiqu é habituellement trop tardivement et est associ é à une
mortalité importante. Cette r éduction observ ée chez les femmes por -
teuses de mutations de ces g ènes et prenant une COP est donc tr ès
importante à consid érer.
Le risque carcinologique endométrial : une nette réduction
De nombreuses études montrent une diminution du risque de can -
cer de l’endom ètre (de 30 % à 50 %) associ ée à l’utilisation d’une
COP et, comme pour le cancer ovarien, cet effet perdure jusqu’ à
30 ans apr ès l’arrêt de la contraception hormonale, y compris pour
les femmes les plus à risque. Le risque relatif diminue en effet de
50 % apr ès 4 ans d’utilisation, et d’environ 70 % apr ès 12 ans [45].
Le b énéfice d écroît apr ès l’arrêt de la contraception orale. Mais il
perdure à près de 50 % de r éduction, m ême 20 ans apr ès l’arrêt. Une
méta-analyse r éalisée par le Collaborative group on epidemiologi -
cal studies on endometrial cancer , regroupant 36 études, a calcul é
une diminution r égulière du risque de cancer pour chaque tranche
de 5 ann ées suppl émentaire d’utilisation de COP (RR : 0,76) [46].
Risque carcinologique digestif : une diminution du risque de cancer
colorectal
La contraception orale est associ ée à une diminution du risque de
cancer colorectal, sans effet-dur ée (RR : 0,81 [0,66-0,99]) [36]. Des
estimations similaires ont été retrouvées dans une grande étude d’ob-
servation (WHI, women’s health study), sans effet-dur ée [47]. Cette
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Les troubles des règles
La COP diminue le plus souvent le flux menstruel de
même que les dysm énorrh ées, contribuant ainsi à
l’amélioration de la qualité de vie au cours de la période
menstruelle. Une récente revue Cochrane montre qu’une
COP réduit en effet de 12 à 77 % le flux menstruel chez
des femmes ayant des m énorragies (compar é à 3 %
pour le groupe traité par placebo) [51]. Une diminution
du flux menstruel (63,4 % versus 17,7 % pour le groupe
placebo) et du risque d’an émie ferriprive a également
été rapport ée [52]. La contraception hormonale est
également efficace pour traiter la dysm énorrhée chez
près de 80 % des femmes [53, 54]. L’inhibition de l’ovu-
lation et la diminution de la prolif ération endométriale
entraînent en effet une diminution de la production des
prostaglandines qui sont impliqu ées dans la gen èse de
la dysménorrhée.
sesse. Mais de nombreux autres b énéfices secondaires existent,
bien souvent recherch és par les femmes pour assurer leur confort.
Cependant, en l’absence de besoin contraceptif, l’utilisation des
COP reste un recours de deuxi ème intention, en particulier en rai -
son des risques potentiels que ces prescriptions peuvent avoir (voir
ci-dessus).
Réguler les troubles liés au cycle menstruel
La COP permet habituellement de r éguler artificiellement le cycle
menstruel, évitant ainsi les saignements intempestifs, un saignement
de privation survenant à l’arrêt de la séquence hormonale. Une utilisa-
tion en continu, sans faire de pause, permet d’obtenir une am énorrhée
qui est souhait ée par la femme dans certaines circonstances de sa vie
(les vacances, un examen professionnel, une comp étition sportive, un
mariage, etc.). La COP atténue également, voire supprime, le syndrome
prémenstruel, invalidant chez certaines patientes, en particulier les
troubles de l’humeur.
Maladies ou symptômes Niveau de bénéfice
Ménorragies ou hémorragies fonctionnelles Diminution du flux menstruel (12 à 77 % versus 3 % avec placebo)
Dysménorrhée fonctionnelle Diminution du risque de douleurs (RR : 2,01 [1,32-3,8])
Endométriose Diminution du risque de d évelopper une endométriose (RR 0,63 [0,47-0,85])
Diminution significative des douleurs pelviennes
Kystes fonctionnels ovariens à répétition Diminution du risque et des complications inh érentes
Mastopathie bénigne Diminution du risque de mastopathie sans atypie (si dur ée ≥ 7 ans) (0,64 [0,47-0,87])
Fibrome utérin Diminution du risque de 20 % pour les utilisatrices en cours ( vs les non utilisatrices) et 53 % si
prise de COP pendant plus de 4 ans
Acné Diminution du nombre de l ésions (- 0,98 [- 16.51 – - 3,45])
variable selon le type de COP
Syndrome prémenstruel Diminution des symptômes sévères prémenstruels (- 7,92 [- 11,16 – - 4,67])
Migraine cataméniale Diminue du risque de migraine si utilisation en continu de la COP
Grossesse extra-utérine Diminution du risque de grossesse et du risque de maladie inflammatoire pelvienne
Maladies carcinologiques Niveau de bénéfice
Cancer du sein Discrète augmentation du risque (RR : 1,2 à 1,6 selon les études)
Disparition après 10 ans d’arrêt
Cancer de l’ovaire Diminution du risque de 30 % à 50 %,
qui persiste jusqu’à 30 ans après l’arrêt
Cancer de l’endomètre Diminution du risque de 30 % à 50 %,
qui persiste jusqu’à 30 ans après l’arrêt
Cancer du col ut érin Discrète augmentation du risque : RR 1,5 à 3,3 si longues durées et infection par papillomavirus (HPV)
Cancer colorectal Diminution du risque d’environ 20 %,
qui persiste plus de 35 ans après l’arrêt
Tableau IV. Effets secondaires et avantages non contraceptifs des COP en dehors du risque vasculaire.
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SYNTHÈSE REVUES
diminution du risque d’une maladie inflammatoire pel -
vienne, elle-même à l’origine d’anomalies des trompes,
principale responsable de l’implantation ectopique en
cas de survenue d’une grossesse [62].
Conclusion
La diversit é des contraceptions estroprogestatives
disponibles en France permet d’adapter la prescrip -
tion de fa çon tr ès individuelle à chaque femme. Il est
cependant n écessaire de bien en conna ître les effets
délétères potentiels et notamment le risque vascu -
laire, facilement évaluable en consultation. Il est aussi
important de souligner les avantages de ces contracep -
tions, notamment en termes de risques carcinologique
ovarien et endométrial. ‡
SUMMARY
The risk-benefit balance of estrogen-progestogen
hormonal contraception
Combined hormonal contraception (CHC) remains the
most widely used contraceptive strategy, particularly in
France. While the benefit-risk balance is very beneficial
for the majority of women, its use must be cautious in
some clinical situations and in particular in women at
vascular risk. It is therefore essential to provide informa-
tion on all the vascular risk factors before prescribing any
CHC, regardless of their route of administration. From an
oncological point of view, if the use of CHCs is associated
with a slight increase in the risk of breast cancer, their
potential benefits persist for many years after their dis-
continuation for the risk of ovarian and endometrial can-
cer. These benefits counteract largely the risk of breast
cancer. Finally, CHCs provide non-contraceptive benefits,
especially in clinical situations such as dysmenorrhea or
severe endometriosis. Therefore, it is necessary to preci-
sely assess the clinical context of each woman in order to
adapt the best contraceptive strategy. ‡
LIENS D’INTÉRÊT
Les auteures déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les don-
nées publiées dans cet article.
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L’endométriose
Les relations entre endométriose et COP sont multiples. L’utilisation de
COP réduit le risque de d évelopper une endom étriose (RR : 0,63 [0,47-
0,85]) [55]. En cas d’endom étriose constituée, la COP permet égale-
ment de diminuer les douleurs li ées à la maladie, aussi bien les dys -
ménorrhées que les douleurs pelviennes chroniques ou la dyspareunie
(douleurs lors d’un rapport sexuel), constituant ainsi une th érapie de
première ligne de l’endométriose [56]. Comparée à une administration
cyclique, l’utilisation en continu de la COP peut être à l’origine d’une
aménorrhée b énéfique sur les douleurs. Apr ès chirurgie d’une endo -
métriose, la COP r éduit significativement le risque de r écidive. Elle est
proposée tant qu’il n’existe pas de projet de grossesse, dans le respect
des règles habituelles de prescription de ces mol écules.
Acné et autres signes d’hyperandrogénie
La COP est habituellement efficace sur les manifestations d’hype -
randrogénie, principalement l’acné [57]. En effet, le blocage ovarien
ainsi induit est à l’origine de la r éduction des s écrétions ovariennes
androgéniques. L’impact h épatique des COP se traduit, entre autres,
par une élévation de la protéine porteuse des stéroïdes sexuels (SHBG)
et une diminution de la fraction libre active des androg ènes. L’amé-
lioration des signes d’hyperandrog énie est cependant variable selon
les femmes, mais peu de diff érences ont été observ ées selon le type
de COP utilis é. Les associations contenant un progestatif de deuxi ème
génération ou du norgestimate sont donc à privil égier en premi ère
intention en raison de leur moindre risque thromboembolique.
Les maladies gynécologiques bénignes
Les fibromes ut érins sont moins fr équents chez les utilisatrices de COP
avec un effet-dur ée [58]. Des études anciennes avaient estim é la
diminution du risque de fibromes entre 20 %, pour les utilisatrices de
COP , et 53 %, si la dur ée d’utilisation dépassait quatre ans, compara -
tivement aux femmes n’ayant jamais utilisé de COP [59].
Les kystes ovariens dits fonctionnels à r épétition t émoignent d’un
fonctionnement ovarien inadéquat avec un d éveloppement folliculaire
anormal. Le freinage de l’axe gonadotrope lors de l’utilisation d’une
COP explique le moindre risque de d évelopper des kystes fonctionnels
et d’éviter ainsi leurs possibles complications (torsion, rupture de
kystes ou hémorragies intra-kystiques) [60].
Les maladies mammaires bénignes
Le risque de d évelopper une maladie mammaire b énigne (fibroad é-
nome du sein, mastopathie fibro-kystique simple, etc.) est moindre
lors de l’utilisation de COP . Une étude de cohorte montre ainsi une
diminution du risque de mastopathie prolif érative, pour les formes
histologiques sans atypie, avec un effet-dur ée de l’utilisation de la
COP [61].
Le risque de grossesse ectopique
L’utilisation d’une COP permet de réduire le risque de grossesse extra-
utérine. Ceci peut s’expliquer d’une part, bien sûr, par son action
anti-gonadotrope, mais aussi, d’autre part, par sa participation à la
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m/s n° 1, vol. 38, janvier 2022 69
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TIRÉS À PART
G. Plu-Bureau
C
e livre, intéressant et lisible à la fois pour le spécialiste et le
grand public, apporte des observations originales et nouvelles
concernant l’angiogenèse, et notamment l’histoire des différentes
découvertes, et discute les aspects et les concepts plus généraux en les
plaçant dans le contexte de la philosophie des sciences.
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Andreas Bikfalvi est Professeur à l’université de
Bordeaux et Directeur d’une unité de recherche
Inserm sur le cancer et la biologie vasculaire. Il est,
par ailleurs, membre senior de l’Institut Universitaire
de France (IUF) et reconnu internationalement pour
ses recherches dans le domaine de l’angiogenèse
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passionnantBON DE COMMANDE
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