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pression des gènes dans les fibroblastes
de l’endomètre utérin et dans ceux des
lésions ovariennes d’endométriose, et
ils ont comparé leurs résultats à ceux
de trois autres études publiés précé-
demment. Treize gènes modifiés ont été
retrouvés dans toutes les études. Les
auteurs se sont focalisés sur TAGLN, qui
code la transgéline, une protéine impli-
quée dans la réticulation de l’actine, en
particulier dans les fibroblastes. Ils ont
montré la présence d’une faible quan-
tité de cette protéine dans l’utérus de
femmes sans endométriose, d’une quan-
tité plus élevée dans l’utérus eutopique
de femmes souffrant d’endométriose, et
d’une quantité maximale dans la lésion
ovarienne elle-même. Ils ont ensuite
exploré la fonction de la transgéline,
et montré que cette protéine active la
prolifération des trophoblastes et des
cellules endométriales, ainsi que la mobi-
lité des trophoblastes [8]. Or la voie de
signalisation par le TGF-β ( transforming
growth factor beta) active le gène codant
la transgéline [9]. Les auteurs proposent
alors que la surexpression de TAGLN est
associée à l’augmentation de la concen-
tration du TGF-β dans le microenviron-
nement de l’endomètre. Ils formulent
ensuite l’hypothèse, fragile à ce stade,
qu’une infection bactérienne pourrait
être à l’origine de cette augmentation.
Dans la suite de l’étude, l’expression de
TAGLN devient un simple marqueur de
l’activation de différentes cascades de
signalisation par le TGF-β, incluant celles
de l’inflammation. Néanmoins, c’est
cette partie de l’étude qui comporte les
résultats scientifiques ayant un impact
médical majeur.
devenir très douloureux, en particulier au
moment des menstruations, car la libéra-
tion d’œstrogènes par l’ovaire continue
d’agir sur ces fragments d’utérus ecto-
piques.
L’endométriose est une maladie com-
plexe, dans laquelle des facteurs
génétiques et environnementaux inte-
ragissent. Du point de vue génétique,
l’héritabilité de l’endométriose est
estimée à 50 %, ce qui a suscité des
efforts internationaux d’analyses pan-
génomiques d’association (genome wide
association studies, GWAS) depuis 2010.
Une quarantaine de locus impliqués
dans l’endométriose ont été identifiés,
mais leur combinaison explique moins
de 10 % de la génétique de l’endomé-
triose [1]. Parmi les facteurs environ-
nementaux, l’implication des perturba-
teurs endocriniens a été évoquée [2].
L’exposition au diéthylstilbestrol
1 pour-
rait induire un accroissement modéré
du risque d’endométriose [3]. Parmi
les perturbateurs endocriniens les plus
étudiés, les benzopyrènes, le bisphénol
A, et les phtalates semblent augmen-
ter le risque de développer l’endomé-
triose [4-6], tandis que l’exposition
aux polychlorobiphényles (PCB) ou à la
2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-p-dioxine ne
semble pas augmenter ce risque.
Le microbiote utérin est un autre facteur
environnemental impliqué dans l’endo-
métriose [7]. Dans une étude dont les
résultats ont été publiés récemment [8],
les auteurs ont d’abord analysé l’ex-
1 Le diéthylstilbestrol, connu sous le nom de Distilbène® est
un œstrogène de synthèse utilisé dans les années 1950-1970
en prévention des avortements spontanés.
Équipe Des gamètes à la naissance : génomique, épigénétique
et physiopathologie de la reproduction, Inserm U1016, CNRS
UMR 8104, Institut Cochin, Université de Paris,
Paris, France.
[email protected]
Un rôle du microbiote dans
la sensibilité à l’endométriose
Nastia Colin-Laignelet, Daniel Vaiman
NOUVELLE
L’endométriose est une maladie gyné-
cologique fréquente, affectant environ
10 % des femmes, qui se manifeste par
la douleur et l’infertilité. On estime que
la moitié des infertilités féminines sont
associées à l’endométriose. Réciproque-
ment, environ 40 % des femmes affec-
tées par l’endométriose sont infertiles.
L’endométriose est caractérisée par la
présence de tissu semblable à l’endo-
mètre (endometrial-like cells) en dehors
de l’utérus, formant des lésions, généra-
lement sur le péritoine ou sur les organes
abdominaux. On distingue trois types
d’endométriose selon la localisation ou
la profondeur d’implantation des lésions :
l’endométriose péritonéale superficielle,
l’endométriose ovarienne, et l’endomé-
triose infiltrante profonde. L’hypothèse
la plus courante sur l’origine de l’endo-
métriose s’appuie sur un phénomène de
menstruations rétrogrades : à chaque
période de menstruation, des fragments
d’endomètre atteindraient la cavité péri-
tonéale en passant par les trompes de
Fallope. Chez les femmes développant
une endométriose, ces fragments seraient
en mesure de s’implanter, de se déve-
lopper, voire d’envahir d’autres organes,
en formant un tissu utérin ectopique,
structurellement similaire au tissu utérin
eutopique. Les lésions d’endométriose
vont ensuite répondre aux stimulations
hormonales mensuelles, et après quelques
années, entraîner un aspect « recroque-
villé » des organes de la cavité abdomi-
nale limitant leurs mouvements normaux
(péristaltisme intestinal, motilité et fonc-
tion musculaire du rectum et du vagin,
etc.). Dans ces conditions, les rapports
sexuels, la miction, la défécation peuvent
m/s n° 3, vol. 40, mars 2024
https://doi.org/10.1051/medsci/2024003
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NOUVELLES MAGAZINE
macrophages activés, une activation de
la voie du TGF-β et par conséquent de la
transgéline [10] ( Figure 1 ). Il convient
de préciser que l’infection par des bac-
téries d’une autre espèce, telle que
Lactobacillus, ne produit pas les mêmes
effets [8]. Les auteurs ont ensuite uti-
lisé un traitement antibiotique (métro-
nidazole ou chloramphénicol) chez les
souris receveuses, entre la quatrième et
la cinquième semaine après l’inocula-
tion, et montrent que 21 jours après ce
traitement, les lésions présentes chez
ces souris sont très réduites, en nombre
la survenue de l’endométriose. Dans
l’expérience réalisée par les auteurs de
l’article, l’utérus de souris donneuses
est infecté (ou non) par Fusobacterium
pendant une semaine, puis ces souris
subissent une ablation de l’utérus deux
semaines après le début de l’infection.
Le tissu utérin est ensuite broyé, et
une quantité définie de ce tissu est
injectée à des souris receveuses par
voie intrapéritonéale. Ces souris déve-
loppent alors constamment des lésions
similaires à celles de l’endométriose de
la femme, avec une accumulation de
Une analyse de plusieurs dizaines de
microbiotes d’endomètre de femmes
souffrant d’endométriose et de femmes
témoins a révélé une présence de la
bactérie Fusobacterium2 chez 63 % des
patientes, mais chez moins de 10 %
des témoins [8]. Des résultats obtenus
dans un modèle murin ont ensuite per-
mis d’établir une relation de causalité
entre la présence de cette bactérie et
2 Bactérie Gram négatif anaérobie stricte, qui fait partie de
la flore de la cavité buccale, du tractus gastrointestinal et
des voies génitales féminines.
Injection de tissu utérin
infecté chez des souris
receveuses
Augmentation du nombre
et du poids des lésions
Transgéline
++++
++++
Augmentation de la prolifération
et de la migration cellulaires
Génétique
Microbiote
Perturbateurs
endocriniens
Les patientes ont
une plus grande
probabilité d’avoir
une infection par
Fusobacterium
Endométriose
Infection des souris donneuses
par Fusobacterium
Figure 1. Expérience montrant le rôle de certaines bactéries du microbiote de l’endomètre dans l’endométriose. La bactérie Fusobacterium est
présente chez plus de 60 % des femmes souffrant d’endométriose, et chez seulement 10 % des autres femmes. Dans un modèle murin d’endomé-
triose, la contamination, par cette bactérie, de l’utérus de souris donneuses induit, chez des souris receveuses du tissu infecté (injecté par voie
intrapéritonéale), des lésions d’endométriose plus étendues et en plus grand nombre que chez des souris témoins, qui ont reçu des broyats d’utérus
de donneuses non infectées [8].
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m/s n° 3, vol. 40, mars 2024 250
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ainsi une option de traitement de l’en-
dométriose, au moins pour les femmes,
nombreuses, chez qui la maladie est
associée à une infection de l’endomètre
par Fusobacterium.
Impact of the microbiota in endome-
triosis sensitivity
LIENS D’INTÉRÊT
Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt
concernant les données publiées dans cet article.
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et en volume, ainsi que le nombre de
macrophages activés, ce qui suggère
la possibilité d’un traitement limitant
l’extension de la maladie et ses consé-
quences inflammatoires chez les femmes
souffrant d’endométriose [10].
Cette étude enrichit la physiopathologie
de l’endométriose, en suggérant que
l’infection bactérienne par Fusobacte-
rium induit la production du TGF-β, ce
qui déclenche une réponse physiologique
aboutissant notamment à l’activation
du gène codant la transgéline. Cette
protéine, qui interagit avec le cytos-
quelette d’actine, module le fonction-
nement des cellules endométriales,
leur prolifération, leur adhérence, et
les auteurs de l’article la considèrent
comme un possible acteur d’une réponse
inflammatoire. L’antibiothérapie devient
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