{"paper_id":"156ea1a2-6fee-423d-9f8c-126bc0d6597b","body_text":"248\npression des gènes dans les fibroblastes \nde l’endomètre utérin et dans ceux des \nlésions ovariennes d’endométriose, et \nils ont comparé leurs résultats à ceux \nde trois autres études publiés précé-\ndemment. Treize gènes modifiés ont été \nretrouvés dans toutes les études. Les \nauteurs se sont focalisés sur TAGLN, qui \ncode la transgéline, une protéine impli-\nquée dans la réticulation de l’actine, en \nparticulier dans les fibroblastes. Ils ont \nmontré la présence d’une faible quan-\ntité de cette protéine dans l’utérus de \nfemmes sans endométriose, d’une quan-\ntité plus élevée dans l’utérus eutopique \nde femmes souffrant d’endométriose, et \nd’une quantité maximale dans la lésion \novarienne elle-même. Ils ont ensuite \nexploré la fonction de la transgéline, \net montré que cette protéine active la \nprolifération des trophoblastes et des \ncellules endométriales, ainsi que la mobi-\nlité des trophoblastes [8]. Or la voie de \nsignalisation par le TGF-β  ( transforming \ngrowth factor beta) active le gène codant \nla transgéline [9]. Les auteurs proposent \nalors que la surexpression de TAGLN est \nassociée à l’augmentation de la concen-\ntration du TGF-β  dans le microenviron-\nnement de l’endomètre. Ils formulent \nensuite l’hypothèse, fragile à ce stade, \nqu’une infection bactérienne pourrait \nêtre à l’origine de cette augmentation. \nDans la suite de l’étude, l’expression de \nTAGLN devient un simple marqueur de \nl’activation de différentes cascades de \nsignalisation par le  TGF-β, incluant celles \nde l’inflammation. Néanmoins, c’est \ncette partie de l’étude qui comporte les \nrésultats scientifiques ayant un impact \nmédical majeur.\ndevenir très douloureux, en particulier au \nmoment des menstruations, car la libéra-\ntion d’œstrogènes par l’ovaire continue \nd’agir sur ces fragments d’utérus ecto-\npiques.\nL’endométriose est une maladie com-\nplexe, dans laquelle des facteurs \ngénétiques et environnementaux inte-\nragissent. Du point de vue génétique, \nl’héritabilité de l’endométriose est \nestimée à 50 %, ce qui a suscité des \nefforts internationaux d’analyses pan-\ngénomiques d’association (genome wide \nassociation studies, GWAS) depuis 2010. \nUne quarantaine de locus impliqués \ndans l’endométriose ont été identifiés, \nmais leur combinaison explique moins \nde 10 % de la génétique de l’endomé-\ntriose [1]. Parmi les facteurs environ-\nnementaux, l’implication des perturba-\nteurs endocriniens a été évoquée [2]. \nL’exposition au diéthylstilbestrol\n1 pour-\nrait induire un accroissement modéré \ndu risque d’endométriose [3]. Parmi \nles perturbateurs endocriniens les plus \nétudiés, les benzopyrènes, le bisphénol \nA, et les phtalates semblent augmen-\nter le risque de développer l’endomé-\ntriose [4-6], tandis que l’exposition \naux polychlorobiphényles (PCB) ou à la \n2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-p-dioxine ne \nsemble pas augmenter ce risque.\nLe microbiote utérin est un autre facteur \nenvironnemental impliqué dans l’endo-\nmétriose [7]. Dans une étude dont les \nrésultats ont été publiés récemment [8], \nles auteurs ont d’abord analysé l’ex-\n1 Le diéthylstilbestrol, connu sous le nom de Distilbène® est \nun œstrogène de synthèse utilisé dans les années 1950-1970 \nen prévention des avortements spontanés.\nÉquipe Des gamètes à la naissance : génomique, épigénétique \net physiopathologie de la reproduction, Inserm U1016, CNRS \nUMR 8104, Institut Cochin, Université de Paris, \nParis, France.\ndaniel.vaiman@inserm.fr\nUn rôle du microbiote dans \nla sensibilité à l’endométriose\nNastia Colin-Laignelet, Daniel Vaiman\nNOUVELLE\n L’endométriose est une maladie gyné-\ncologique fréquente, affectant environ \n10 % des femmes, qui se manifeste par \nla douleur et l’infertilité. On estime que \nla moitié des infertilités féminines sont \nassociées à l’endométriose. Réciproque-\nment, environ 40 % des femmes affec-\ntées par l’endométriose sont infertiles.\nL’endométriose est caractérisée par la \nprésence de tissu semblable à l’endo-\nmètre (endometrial-like cells) en dehors \nde l’utérus, formant des lésions, généra-\nlement sur le péritoine ou sur les organes \nabdominaux. On distingue trois types \nd’endométriose selon la localisation ou \nla profondeur d’implantation des lésions : \nl’endométriose péritonéale superficielle, \nl’endométriose ovarienne, et l’endomé-\ntriose infiltrante profonde. L’hypothèse \nla plus courante sur l’origine de l’endo-\nmétriose s’appuie sur un phénomène de \nmenstruations rétrogrades : à chaque \npériode de menstruation, des fragments \nd’endomètre atteindraient la cavité péri-\ntonéale en passant par les trompes de \nFallope. Chez les femmes développant \nune endométriose, ces fragments seraient \nen mesure de s’implanter, de se déve-\nlopper, voire d’envahir d’autres organes, \nen formant un tissu utérin ectopique, \nstructurellement similaire au tissu utérin \neutopique. Les lésions d’endométriose \nvont ensuite répondre aux stimulations \nhormonales mensuelles, et après quelques \nannées, entraîner un aspect « recroque-\nvillé » des organes de la cavité abdomi-\nnale limitant leurs mouvements normaux \n(péristaltisme intestinal, motilité et fonc-\ntion musculaire du rectum et du vagin, \netc.). Dans ces conditions, les rapports \nsexuels, la miction, la défécation peuvent \nm/s n° 3, vol. 40, mars 2024\nhttps://doi.org/10.1051/medsci/2024003\nLivre_EDK_Mars2024.indb   248Livre_EDK_Mars2024.indb   248 13/03/2024   12:27:0913/03/2024   12:27:09\n\nm/s n° 3, vol. 40, mars 2024  249\nNOUVELLES MAGAZINE\nmacrophages activés, une activation de \nla voie du TGF-β et par conséquent de la \ntransgéline [10] ( Figure  1 ). Il convient \nde préciser que l’infection par des bac-\ntéries d’une autre espèce, telle que \nLactobacillus, ne produit pas les mêmes \neffets [8]. Les auteurs ont ensuite uti-\nlisé un traitement antibiotique (métro-\nnidazole ou chloramphénicol) chez les \nsouris receveuses, entre la quatrième et \nla cinquième semaine après l’inocula-\ntion, et montrent que 21 jours après ce \ntraitement, les lésions présentes chez \nces souris sont très réduites, en nombre \nla survenue de l’endométriose. Dans \nl’expérience réalisée par les auteurs de \nl’article, l’utérus de souris donneuses\nest infecté (ou non) par Fusobacterium\npendant une semaine, puis ces souris \nsubissent une ablation de l’utérus deux \nsemaines après le début de l’infection. \nLe tissu utérin est ensuite broyé, et \nune quantité définie de ce tissu est \ninjectée à des souris receveuses par \nvoie intrapéritonéale. Ces souris déve-\nloppent alors constamment des lésions \nsimilaires à celles de l’endométriose de \nla femme, avec une accumulation de \nUne analyse de plusieurs dizaines de \nmicrobiotes d’endomètre de femmes \nsouffrant d’endométriose et de femmes \ntémoins a révélé une présence de la \nbactérie Fusobacterium2 chez 63 % des \npatientes, mais chez moins de 10 % \ndes témoins [8]. Des résultats obtenus \ndans un modèle murin ont ensuite per-\nmis d’établir une relation de causalité \nentre la présence de cette bactérie et \n2 Bactérie Gram négatif anaérobie stricte, qui fait partie de \nla flore de la cavité buccale, du tractus gastrointestinal et \ndes voies génitales féminines.\nInjection de tissu utérin \ninfecté chez des souris \nreceveuses\nAugmentation du nombre \net du poids des lésions\nTransgéline\n++++\n++++\nAugmentation de la prolifération \net de la migration cellulaires\nGénétique\nMicrobiote\nPerturbateurs\nendocriniens\nLes patientes ont \nune plus grande \nprobabilité d’avoir \nune infection par \nFusobacterium\nEndométriose\nInfection des souris donneuses \npar Fusobacterium\nFigure  1.  Expérience montrant le rôle de certaines bactéries du microbiote de l’endomètre dans l’endométriose.  La bactérie Fusobacterium est \nprésente chez plus de 60 % des femmes souffrant d’endométriose, et chez seulement 10 % des autres femmes. Dans un modèle murin d’endomé-\ntriose, la contamination, par cette bactérie, de l’utérus de souris donneuses induit, chez des souris receveuses du tissu infecté (injecté par voie \nintrapéritonéale), des lésions d’endométriose plus étendues et en plus grand nombre que chez des souris témoins, qui ont reçu des broyats d’utérus \nde donneuses non infectées [8].\nLivre_EDK_Mars2024.indb   249Livre_EDK_Mars2024.indb   249 13/03/2024   12:27:1113/03/2024   12:27:11\n\nm/s n° 3, vol. 40, mars 2024 250\n 4. Matsunawa M, Amano Y, Endo K, et al. The aryl \nhydrocarbon receptor activator benzo [a] pyrene \nenhances vitamin D3 catabolism in macrophages. \nToxicol Sci 2009 ; 109 : 50-8.\n 5. Rashidi BH, Amanlou M, Lak TB, et al. A case-control \nstudy of bisphenol A and endometrioma among \nsubgroup of Iranian women. J Res Med Sci 2017 ; 22 : 7.\n 6. Nazir S, Usman Z, Imran M, et al. Women diagnosed \nwith endometriosis show high serum levels of diethyl \nhexyl phthalate. J Hum Reprod Sci 2018 ; 11 : 131-6.\n 7. Leonardi M, Hicks C, El-Assaad F, et al. Endometriosis \nand the microbiome : a systematic review. BJOG 2020 ; \n127 : 239-49.\n 8. Muraoka A, Suzuki M, Hamaguchi T, et al. \nFusobacterium infection facilitates the development \nof endometriosis through the phenotypic transition \nof endometrial fibroblasts. Sci Transl Med 2023 ; 15 : \neadd1531.\n 9. Yu H, Konigshoff M, Jayachandran A, et al. Transgelin \nis a direct target of TGF-β/Smad3-dependent \nepithelial cell migration in lung fibrosis. FASEB J 2008 ; \n22 : 1 778-89.\n 10. Assinder SJ, Stanton JA, Prasad PD. Transgelin : an \nactin-binding protein and tumour suppressor. Int J \nBiochem Cell Biol 2009 ; 41 : 482-6.\nainsi une option de traitement de l’en-\ndométriose, au moins pour les femmes, \nnombreuses, chez qui la maladie est \nassociée à une infection de l’endomètre \npar Fusobacterium. \nImpact of the microbiota in endome-\ntriosis sensitivity\nLIENS D’INTÉRÊT\nLes auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt \nconcernant les données publiées dans cet article.\nRÉFÉRENCES\n 1. Lalami I, Abo C, Borghese B, et al. Genomics of \nendometriosis : From genome wide association studies \nto exome sequencing. Int J Mol Sci 2021 ; 22 : 7 297.\n 2. Rumph JT, Stephens VR, Archibong AE, et al.\nEnvironmental endocrine disruptors and endometriosis. \nAdv Anat Embryol Cell Biol 2020 ; 232 : 57-78.\n 3. Al Jishi T, Sergi C : Current perspective of \ndiethylstilbestrol (DES) exposure in mothers and \noffspring. Reprod Toxicol 2017 ; 71 : 71-7.\net en volume, ainsi que le nombre de \nmacrophages activés, ce qui suggère \nla possibilité d’un traitement limitant \nl’extension de la maladie et ses consé-\nquences inflammatoires chez les femmes \nsouffrant d’endométriose [10].\nCette étude enrichit la physiopathologie \nde l’endométriose, en suggérant que \nl’infection bactérienne par Fusobacte-\nrium induit la production du TGF-β, ce \nqui déclenche une réponse physiologique \naboutissant notamment à  l’activation \ndu gène codant la transgéline. Cette \nprotéine, qui interagit avec le cytos-\nquelette d’actine, module le fonction-\nnement des cellules endométriales, \nleur prolifération, leur adhérence, et \nles auteurs de l’article la considèrent \ncomme un possible acteur d’une réponse \ninflammatoire. L’antibiothérapie devient \nLivre_EDK_Mars2024.indb   250Livre_EDK_Mars2024.indb   250 13/03/2024   12:27:1213/03/2024   12:27:12","source_license":"CC-BY-4.0","license_restricted":false}