{"paper_id":"30979e78-e7cf-449d-a164-498a5ca8108e","body_text":"ÉDITORIAL / EDITORIAL THÉMA\nEndométriose : pathologie pluridisciplinaire émergente\nEndometriosis: its emergence as a multisystem disease\nÉ. Darai\nReçu le 7 octobre 2009 ; accepté le 8 octobre 2009\n© Springer-V erlag France 2009\nAu cours des deux dernières décennies, l ’endométriose s’est\nimposée comme une pathologie émergente dont l’incidence ne\ncesse de croître avec des arguments épidémiologiques majeurs\nsuggérant l’implication dans sa genèse, y compris pour les\nlocalisations digestives, de facteurs environnementaux. Paral-\nlèlement à l ’augmentation de l’incidence, les progrès dans le\ntraitement médical restent modestes alors même que des for-\nmes pseudo-invasives sont plus fréquemment diagnostiquées.\nCes lésions majeures affectent, outre la sphère génitale, tous\nles organes et structures anatomiques du petit bassin posant le\nproblème de la légitimité chez des femmes jeunes d ’une chi-\nrurgie mutilante associée à des risques postopératoires impac-\ntant négativement sur la qualité de vie. Parmi ces risques, la\nfistule rectovaginale est rapportée chez 2 à 10 % des patientes\nnécessitant une résection concomitante vaginaleet colorectale,\net la survenue de dysurie de novo est évaluée entre 4 et 10 %.\nEncore faut-il explorer adéquatement ces patientes pour faire\nla part entre une pathologie préexistante d’une séquelle posto-\npératoire. L’e x e m p l ed el ad y s u r i ee s tp a r t i c u l i è r e m e n té l o -\nquent. Si l ’interrogatoire des patientes est fait à l ’aide d ’un\nquestionnaire non spécifique (avez-vous des troubles de la\nmiction ? Présentez-vous des urines sanglantes ? Avez-vous\ndes douleurs lors de la miction ?), la dysurie préopératoire\ndans les lésions profondes de l ’endométriose pelvienne n’est\nretrouvée que dans 3 % des cas, souvent masquée par la symp-\ntomatologie douloureuse qui est au premier plan. L’utilisation\nde questionnaires spécifiques et validés contribue à mieux cer-\nner la véritable fréquence des troubles urinaires liés à la patho-\nlogie. Ainsi, dans notre expérience, la dysurie préopératoire\ndans l ’endométriose profonde atteint 13,2 %. C ’est dire la\nnécessité dans les endométrioses profondes d’une exploration\npréopératoire soigneuse à la fois clinique, à la recherche de\ntroubles sensitifs, et paraclinique permettant d ’objectiver des\ntroubles de la fonction vésicale (épreuves urodynamiques,\nélectrophysiologie). Actuellement, les indications de ces\nexplorations complémentaires restent encore imprécises,\nmais soulignent dès à présent l ’apport d’une prise en charge\nmultidisciplinaire et la nécessité d’une information claire des\npatientes sur les risques potentiels de la chirurgie.\nDes progrès sensibles ont été faits pour mieux cerner les\nindications opératoires et sélectionner les candidates à une\nchirurgie. De même, la chirurgie préservant les nerfs, notam-\nment les fibres efférentes distales du plexus hypogastrique\ninférieur (nerve sparing surgery), s’impose comme une tech-\nnique incontournable. Elle impose la connaissance élémen-\ntaire de l ’\nanatomie du plexus hypogastrique inférieure et la\nrecherche des fibres nerveuses, aidée de la vision magnifiée\ndes endoscopes, lors de toute chirurgie pour endométriose\nprofonde. En effet, le risque de lésion distale du plexus hypo-\ngastrique n ’est pas exclusivement l ’apanage des formes\nextensives, mais peut se voir dans les atteintes des ligaments\nutérosacrés représentant la localisation la plus fréquente de\nl’endométriose profonde. Si cette préservation n ’est pas tou-\njours réalisable du fait de l ’infiltration des fibres nerveuses\npar l’endométriose, il convient de s’aider de procédés techni-\nques (en cours d’évaluation) permettant d’identifier les fibres\nnerveuses en peropératoire afin de les respecter (neuro-\nnavigation cœlioscopique).\nOutre l’amélioration des symptômes et de la qualité de vie\nde nos patientes, nos préoccupations sont multiples : préser-\nver la fertilité, réduire le nombre de chirurgies itératives et/\nou incomplètes et également limiter les récidives ainsi que\nles séquelles. Ces différents objectifs ne sont pas utopiques à\ncondition de clarifier qui, comment et où une patiente por-\nteuse d ’une endométriose doit être traitée. Cela implique la\ncréation de centres de références. Faut-il aller jusqu’à la défi-\nnition de seuil d’activité comme en oncologie ? À nous, pro-\nfessionnels de la santé, de nous en préoccuper avant que ce\nsoit des bureaucrates qui nous l ’imposent.\nDéclaration de conflit d ’intérêt : L’auteur déclare ne pas\navoir de conflit d ’intérêt.\nÉ. Darai ( *)\nService de gynécologie obstétrique,\nhôpital Tenon, 4, rue de la Chine,\nF-75020 Paris, France\nCancer Est, université Pierre-et-Marie-Curie,\nParis-VI, 4, place Jussieu,\nF-75005 Paris, France\ne-mail : emile.darai@tnn.ap-hop-paris.fr\nPelvi-Périnéologie (2009) 4:269\nDOI 10.1007/s11608-009-0272-7","source_license":"CC0","license_restricted":false}